segunda-feira, 3 de junho de 2019

“L’Union européenne de Macron a certaines similitudes avec l’époque communiste”

Poids du politiquement correct, absence de débat sur l'identité nationale et sur l'immigration : le journaliste Marek Gladysz, correspondant permanent à Paris depuis près de trente ans pour plusieurs médias polonais, dresse un tableau grinçant et drôle des maux qui rongent la France et l'Union européenne.

Marek Gladysz

Propos recueillis para Alexandre Mendel

À lire votre livre la France, maillon faible de l’Europe ? , on a l’impression que notre pays est devenu une sorte de modèle à ne pas suivre pour les pays d’Europe centrale.
Marek Gladysz.
 Oui, et pourtant ça n’a pas toujours été le cas ! Il y a presque trente ans, quand j’ai commencé à travailler comme journaliste à Paris, après la chute du communisme, la France représentait un modèle pour la Pologne. Nos institutions politiques et administratives ont été souvent calquées sur votre pays. Aujourd’hui, on vous voit aller dans le mur et nous n’avons plus envie de vous suivre dans ce déni de réalité… À titre d’exemple cocasse, entendre chaque 1er janvier votre ministre de l’Intérieur se féliciter qu’il n’y ait eu que 1 000 voitures brûlées dans la nuit nous semble surréaliste !

Vous dites que, finalement, au-delà de nos institutions, c’est le poids du politiquement correct qui explique un grand nombre des problèmes que traverse notre pays.
Pour la majorité des Polonais, l’absence de débat en France sur certains sujets paraît aberrante ! Immigration, insécurité, islamisation, Europe : comment voulez-vous résoudre ces graves problèmes si vous n’en parlez pas librement ? Même le fait de décrire la réalité sans être ostracisé ou taxé de fasciste semble impossible ! Où est la liberté de parole au pays des droits de l’homme ?

Sur le sujet européen, spécialement depuis l’élection d’Emmanuel Macron, ce qui se passe en France a certaines similitudes avec l’époque communiste. On essaye de nous imposer une vision biaisée et manichéenne de l’Union européenne : les gentils progressistes (spécialement à l’ouest) contre les méchants populistes (spécialement à l’est). Et si vous n’êtes pas d’accord avec « nous, les gentils », alors vous êtes pour la Troisième Guerre mondiale !

by REDON
Le vocabulaire employé par votre président est très révélateur ! En octobre 2018, à Bratislava, il a traité nos dirigeants d’ « esprits fous qui mentent à leur peuple ». Or, la vision du gouvernement polonais sur l’Europe est simplement différente de la sienne ! On ne construit pas l’Europe en insultant tous ceux qui ne pensent pas comme vous. La Pologne, un pays de plus de 38 millions d’habitants, a le droit, par exemple, d’avoir une autre opinion que lui sur l’immigration.

Vous notez d’ailleurs dans votre livre que la Pologne a pris sa part d’immigration en accueillant 1,5 million d’Ukrainiens. Et pourtant on ne cesse de vous reprocher de ne pas assez recevoir de Syriens…
On nous décrit comme des gens repliés sur nous-mêmes. C’est faux ! En 2017, selon les chiffres officiels d’Eurostat, de la France, de l’Allemagne et de la Pologne, c’est ce dernier pays qui a accueilli le plus d’immigrés. Alors, oui, il s’agit d’Ukrainiens. Ce qui n’est pas anormal : ce sont nos voisins, beaucoup sont polonophones. La Pologne n’a pas demandé à l’Allemagne et à la France de prendre sa part dans cette immigration après la crise du Donbass ! Et c’est pourtant Paris qui exige de nous, par solidarité européenne, qu’on accueille, en prime, des immigrés du Moyen-Orient et d’Afrique alors que nos capacités sont très largement saturées !

Et puis, on regarde ce qui se passe en France. On voit cette immigration de masse très mal gérée dans vos banlieues, et on ne veut pas commettre les mêmes erreurs ! Mais voilà, Macron semble nous dire : « Si on se trompe à plusieurs, ça sera moins douloureux ! »

by B. Marty

Vous ne risquez pas la submersion, la Pologne compte très peu de musulmans par rapport à la France ou à l’Allemagne…
Il y a clairement chez nous un rejet de l’islam conquérant et politique. Et ce n’est pas tabou d’en parler en Pologne. La France semble au contraire avoir peur de faire le lien entre immigration et islamisme, par peur de l’« amalgame ». Or le leader de la communauté musulmane de Pologne a lui-même pointé du doigt les gouvernements occidentaux qui ont favorisé l’immigration mal maîtrisée, la création de zones de non-droit et finalement l’intégrisme.

Vous liez dans votre livre l’attachement des Polonais à leur souveraineté à leur passé fait de longues tragédies.
Nous autres Polonais savons que l’identité nationale et la souveraineté ne sont pas acquises pour toujours. Vous pouvez être rayé de la carte. Ça s’est passé plusieurs fois : avec les trois partages au XVIIIe siècle, pendant la Seconde Guerre mondiale et d’une certaine façon à l’époque soviétique. Ce n’est pas anodin et c’est pourquoi nous craignons que l’Europe ne tienne pas compte des peuples. Regardez l’attitude de Macron par rapport au Brexit (quoi qu’on en pense). On a eu l’impression que l’Union européenne était une sorte d’organisation mafieuse de laquelle il était interdit de sortir.

Vous évoquez dans votre ouvrage la fête nationale de l’Indépendance, avec ses défilés gigantesques de Polonais brandissant des drapeaux. Chose qui paraîtrait impossible ici. Est-il interdit d’être patriote en France ?
Et vous oubliez le 2 mai en Pologne, qui est la journée consacrée au drapeau ! Si les Français faisaient pareil, Macron les traiterait de nationalistes lépreux !

À l’exception des matchs de la Coupe du monde où l’on sort le drapeau tricolore, il y a peu d’occasions pour les Français de l’honorer. Ou alors, c’est au gré des sondages : ainsi, quand Macron voit que la popularité du Rassemblement national devient trop importante, il prend des mesurettes comme le placement de drapeaux dans les classes d’école. Il existe en France une certaine phobie de soi-même : on a peur de ses racines, de ses traditions, de ses valeurs.

Rassurez-nous, la France ne va pas disparaître ?
Certains Polonais le pensent ou l’ont pensé au moment où la France ne voulait pas inscrire dans la Constitution européenne les racines chrétiennes de l’Europe. Et pourtant, il ne s’agissait pas d’une opinion mais d’un fait historique. C’est ça, être conservateur et ce n’est pas péjoratif de l’être. C’est un peu facile pour Macron d’y voir du populisme. D’autant que ce terme hétéroclite englobe tout et n’importe quoi.


La France, maillon faible de l’Europe ?, de Marek Gladysz, L’Artilleur, 320 pages, 17,90 €.
Alexandre Mendel, Valeurs Actuelles, nº 4304, du 23 au 29 mai 2019

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