sexta-feira, 11 de setembro de 2020

Quand 'Le Monde' ment par omission sur un pasteur antiraciste américain

Gilles-William Goldnadel

Le quotidien du soir consacre un article laudateur au pasteur Al Sharpton , “acteur incontournable de la lutte contre le racisme aux États-Unis”. Le journal oublie de préciser qu'en 2014, il le présentait en escroc antisémite

Al Sharpton, photo: Jacquelyn Martin/AP/SIPA
Décidément l’idéologie fait des ravages dans la presse. Le Monde, autrefois prestigieux journal de la gauche modérée et républicaine dérive vers des extrémités racialistes difficiles à appréhender.

C'est un choix qui le regarde, encore faut-il que les informations qu'il diffuse ne soient pas intellectuellement malhonnêtes. Tel n'a pas été le cas le vendredi 28 août quand celui-ci a été pris en flagrant délit de mensonge par omission.

Madame Stéphanie Le Bars, correspondante du journal aux États-Unis, et qui s'était déjà récemment illustrée en considérant qu'il y avait trop de blanches dans l'équipe de football féminine américaine, a commis un article intitulé : « Al Sharpton, le pasteur qui veut prolonger le mouvement Black Matter. »

Dans le chapeau de cet article, il était indiqué « qu'une marche était organisée le même jour à Washington, 57 ans après le discours de Martin Luther King et moins d'une semaine après une nouvelle bavure policière dans le Wisconsin ».

Au demeurant, le journal consacrera quelques heures plus tard un article plein d'empathie sur une manifestation qu'il estime réussie et largement dédiée à la détestation du président des États-Unis honni.

Mais l'essentiel de l'article est consacré à Al Sharpton, cité dans le titre, et dont l'aspect globalement laudateur est résumé ainsi : « Ce sexagénaire, militant de longue date des droits civiques, aux débuts teintés de provocations, est devenu au fil des années un acteur incontournable de la lutte contre le racisme aux États-Unis : il fut un hôte régulier de Barack Obama, et un visage familier lors des drames liés aux violences policières. Le révérend pentecôtiste a officié lors des funérailles de George Floyd, à Houston (Texas) et durant la cérémonie tenue quelques jours auparavant à Minneapolis (Minnesota). Dans un discours enflammé, aux accents politiques, il y a demandé à la société américaine de cesser 'd'étouffer' la communauté noire ».

Stéphanie Le Bars croit sans doute se couvrir en écrivant plus loin : « Ses formules restent ciselées et son ton de pasteur efficace, mais l'activiste new-yorkais a remisé les propos incendiaires de ses débuts, lui valant encore la méfiance de nombreuses personnalités.»

C'est tout, on n'en saura pas davantage de plus précis sur ces propos et sur cette personnalité « antiraciste » si ce n'est que l'intéressé a perdu plusieurs dizaines de kilos en quelques années. On ne saura rien sur le pourquoi de cette « méfiance » encore tenace.

Ainsi, le lecteur du Monde du 28 de ce mois, ne sait pas (sauf à avoir lu un article sous ma plume dans le Figaro Vox le 15 juin ( « Quand la gauche tait le racisme antijuif ») ce qu’un lecteur du Monde avait appris en lisant son journal le 13 décembre 2014.

Ce jour-là en effet, dans un article intitulé significativement : « Al Sharpton prêche en eaux troubles » on n'en apprenait de belles sur l'«antiraciste » célébré par Le Monde moins de six ans plus tard.

Je cite les passages les plus éclairants du personnage aujourd'hui présenté sans rire comme « antiraciste » : « Quitte à se  fourvoyer, comme en 1987, lorsqu'il monte en épingle une fausse affaire de viol collectif d'une adolescente noire par des blancs. Un désastre médiatique qui inspira au romancier Tom Wolfe le personnage du sulfureux révérend Bacon dans le Bûcher des vanités... »

« Sa rhétorique aux accents antisémites finit de ternir sa réputation, notamment lors des émeutes de Crown Heights en 1991, qui opposèrent juifs orthodoxes et noirs de Brooklyn après un accident de la route... »

Apparemment, la réputation de celui présenté par Le Monde en 2014 comme une manière d’escroc antisémite n'était pas définitivement et suffisamment ternie pour ne pas le présenter en 2020 comme un militant antiraciste à célébrer.

Mais foin de politiques et d'idéologie. Parlons déontologie : est-il acceptable dans un article consacré à l'antiracisme, de dissimuler aux lecteurs les griefs précis en matière de morale et de racisme qui étaient articulés par le même journal concernant un personnage à qui l'on consacrait nominativement un article globalement positif ?

Cela s'appelle être pris en flagrant délit de mensonge par omission.

Je finirai par là où j'ai commencé : l'idéologie fait des ravages dans la presse.

Titre et Texte: Gilles-William Goldnadel, Valeurs Actuelles 4371, 5-9-2020, 11h

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