sexta-feira, 11 de setembro de 2020

Islamisme, quand la France abdique

Barbara Lefebvre

Le gouvernement prépare une “loi contre les séparatismes”, mais notre arsenal législatif et judiciaire est déjà sous-utilisé. Les islamistes prospèrent sur nos faiblesses et s'installent sans combattre, depuis des années, là où la République cède du terrain

Photo: Salom-Gomis Sebastien/SIPA
En 2004, sous la direction de Jean-Pierre Obin, inspecteur général de l'Éducation nationale venant de la gauche laïque républicaine (la vraie), était rédigé un rapport sur les manifestations de l'islam politique dans l'espace scolaire. Le constat était sans appel : il fallait de toute urgence sauver l'école publique de l'emprise naissante d'une idéologie dont les principes et les lois nous étaient antinomiques. Réponse institutionnelle classique : il était urgent de ne pas rendre public ce rapport sentant le soufre. L'acharnement d'un groupe d'intellectuels et de militants laïques obligera l'institution à le publier, en 2006. C'est sur la base de ses observations d'alors et de nouvelles accumulées que Jean-Pierre Obin publie aujourd'hui un ouvrage de synthèse où il constate notre retard dans la concrétisation de la lutte contre l'islamisme.

Le rapport Obin était une enquête qui entendait vérifier ce que nous avions écrit deux ans plus tôt. En effet, voilà dix-huit ans jour pour jour, un collectif d'enseignants, autour de Georges Bensoussan, publiait les Territoires perdus de la République (Mille et Une Nuits). Trois d'entre nous avaient refusé d'écrire sous pseudonyme, je fus de facto un des visages médiatiques du livre. Nous avions tous, chevillées au corps, l'école laïque et la défense de la méritocratie républicaine qui disparaissait sous nos yeux à force de dévaluation des savoirs au profit des “compétences transdisciplinaires” et autres “savoir-être”. Nos témoignages racontaient la destruction pédagogiste et l'intrusion d'un nouveau militantisme d'extrême gauche dans les salles des profs, très sensible dans le contexte de la seconde Intifada puis après le 11 septembre 2001.

Le livre avait mis hors d'elle la gauche terra-novesque naissante qui allait s'emparer du PS. Beaucoup des coauteurs, venant de la gauche, furent ébranlés par la campagne de dénigrement qui suivit la parution : nous étions des racistes antimusulmans, vendus à la cause sioniste, nous fantasmions un antisémitisme et un sexisme de tradition islamique. Nous étions l'incarnation de ceux que Daniel Lindenberg venait de nommer « les nouveaux réactionnaires ». La nature des attaques de cette gauche-là démontra combien nous avions raison avant l'heure : l'islamo-gauchisme gangrenait cette partie de l'échiquier politique, par stratégie électoraliste souvent, par idéologie révolutionnaire quelquefois. La droite, elle, ne s'intéressait pas sincèrement au sujet, sinon pour le caricaturer et jouer les matamores ; elle en est toujours là !

Nous avions raison sur l'antisémitisme islamique, qui ne cessa de proliférer et de tuer, sur l'islamisme et sa peur archaïque de la femme émancipée, sa haine de la mixité, sa détestation de notre nation laïque. Nous avions raison sur la couardise de la classe politique, nationale et locale, prompte à acheter la paix sociale pour en récolter ses fruits électoraux. Nous avions raison sur le pouvoir dévastateur de l'autodétestation française, sur la désintégration d'une nation composée de pénitents ne sachant plus à quelle victime se vouer. Nous avions raison sur l'échec de la politique de la ville qui encourage l'entre-soi communautariste davantage que la mixité sociale.

Quelle mixité est possible quand l'alliance islamisto-délinquante règne sur un quartier ? Qui s'est soucié des milliers de familles de ces quartiers, musulmanes ou non, respectueuses des lois de la République, abandonnées dans la nasse islamiste ? Car les islamistes, comme les trafiquants, ne sont pas d'intrépides prédateurs, mais de vulgaires charognards : dès lors que la République cède du territoire, ils s'y installent sans combattre. Ils purent compter sur des élus locaux qui leur offrirent les clés de leurs mairies, surtout après les émeutes de 2005. Pourquoi reprocher à l'ennemi notre propre faiblesse, notre refus de défendre l'honneur français ? Il a pris ce qu'on lui a donné. Il n'a rien conquis. Nous avons abdiqué.

Dès lors, devons-nous espérer que la “loi contre les séparatismes” soit la réponse, quand l'arsenal législatif et judiciaire en notre possession est sous-utilisé ? Cet exécutif tire fierté d'avoir fermé, en quatre ans, 210 cafés, quatre écoles et 15 mosquées radicales. Les islamistes en tremblent encore ! En France, les patients Frères musulmans et autres corporations salafistes n'ont pas pour ambition de s'emparer du pouvoir, ils veulent d'abord accroître l'emprise de leur modèle sur les Français musulmans. Les islamistes en costume-cravate, bien introduits depuis l'ère Sarkozy dans les milieux d'affaires et de pouvoir, sauront tirer profit d'une loi sur le financement des associations cultuelles. Quant aux subventions publiques soumises à la signature d'une “charte de la laïcité”, elles doivent provoquer leur fou rire. Cette même charte existe à l'école, elle est régulièrement bafouée par des parents d'élèves, des élèves, voire des enseignants. On en revient toujours à l'école publique : ce qui s'y est joué, ce qui s'y joue, annonce la direction que prendra notre destin national.

Titre et Texte: Barbara Lefebvre, enseignante et essayiste, Valeurs Actuelles 4371, 7-9-2020, 7h

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