segunda-feira, 14 de janeiro de 2019

Tentative de sémiologie du gilet jaune

Que se cache-t-il derrière le gilet le plus porté de France ?

Jérôme Leroy

Du fin fond de la Bretagne à l’Irak, le gilet jaune est devenu l’accessoire symbole de la contestation sociale. Cette couleur traditionnellement peu appréciée des syndicalistes exprime désormais un appel aux secours des invisibles du monde entier.

On apprenait le 5 décembre que des « gilets jaunes » manifestaient… en Irak, à Bassorah, pour faire « comme les Français ». Comment mieux montrer que le vieil universalisme français, en matière révolutionnaire, de la Marseillaise au drapeau tricolore en passant par le bonnet phrygien, exerce toujours la même fascination ? Pourtant, cette fois, l’objet qui a envahi les images et les discours frappe par sa banalité et son prosaïsme.

Une obligation de plus

Qu’était le gilet jaune, avant novembre 2018, si ce n’est un objet du quotidien, sans aucun intérêt ? Il est entré dans nos vies à tous le 13 février 2008, quand le comité interministériel de la sécurité routière (CISR) a décidé de rentre obligatoire la présence dans tout véhicule d’un gilet de sécurité. Il est donc assez logique que cet objet ait été détourné de son utilité première pour devenir le symbole d’une protestation qui, a l’origine, s’élevait contre la hausse des carburants pour les gens des zones périphériques, obligés d’utiliser des véhicules vieillissants et menacés par un contrôle technique promis à devenir encore plus draconien.

Il n’empêche, ce gilet jaune est vite devenu, la colère grandissant, une métonymie et une mythologie.

La métonymie qui unit

Une métonymie, rappelons-le, est cette figure de style qui consiste à désigner la partie pour le tout, par glissement de sens. Le gilet jaune a résumé de manière explosive à la fois les personnes qui le portaient et les revendications qui allaient avec. Compte tenu de la diversité de ces mêmes personnes et de ces mêmes revendications, mais aussi de l’absence de structure de ce mouvement, le gilet jaune a été la seule manière d’unifier et d’identifier, sans nuances, un phénomène aussi insaisissable qu’inédit malgré les tentatives des sociologues ou des historiens de lui trouver des précédents. Ce n’est pas la première fois, d’ailleurs, que la métonymie fonctionne avec un objet banal pour exprimer une lutte sociale et politique. On se souviendra, par exemple, du mouvement des parapluies, à Hong Kong en 2014, ou celui des casseroles en Argentine, lors du krach de 1998.

« Tout peut-il donc être un mythe ? »

On en arrive là à la dimension symbolique du gilet jaune. Comme les casseroles ou les parapluies, il est devenu un mythe, au sens que Barthes donnait à ce mot dans ses Mythologies : « Tout peut-il donc être un mythe ? Oui, je le crois, car l’univers est infiniment suggestif. Chaque objet du monde peut passer d’une existence fermée, muette à un état oral, ouvert à l’appropriation de la société. »

Signaler qu’on est en danger

Ce que s’est approprié la personne qui a enfilé un gilet jaune, c’est d’abord un vêtement que l’on met pour deux raisons. D’abord signaler qu’on est en danger, au bord de la route où l’on se retrouve abandonné et vulnérable. Ensuite, le gilet jaune sert à être vu, signalé, pour que d’éventuels secours arrivent enfin. Il est aussi, paradoxalement, le vêtement des travailleurs invisibles : ceux qui nettoient les villes, transportent les bagages vers les soutes des avions, réparent les équipements collectifs, autoroutes ou pylônes électriques, etc.

C’est aussi une couleur. Et d’après l’historien Michel Pastoureau, celle qui est la plus mal aimée : « Dans toutes les enquêtes sur la notion de couleur préférée, le jaune est cité en dernier parmi les six couleurs de base. »

Décidément, le hasard n’existe pas.
Titre, Image et Texte: Jerôme Leroy, CAUSEUR, nº 64, janvier 2019

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