domingo, 15 de julho de 2018

Trump, président antiraciste ?

Lui tente de limiter l'usage des critères ethniques dans le recrutement à l'université

Elisabeth Lévy


Contrairement à son prédécesseur, Donald Trump tente de limiter l’usage des critères ethniques dans le recrutement à l’université aux Etats-Unis.

Pour nombre d’éditorialistes français, et même européens, Barack Obama est un champion de la cause noire et Donald Trump un fieffé raciste. Peu importe que le fantasque président blanc ait nommé la première femme noire général de brigade dans le corps des Marines et que, sous l’élégant président noir, l’Amérique ait connu une recrudescence des tensions raciales après que plusieurs adolescents noirs furent tombés sous les balles de la police. Quoi qu’il fasse, Trump est le visage du mal, l’homme que tous les beaux esprits de la planète se plaisent à détester.

Selon que vous serez Noir ou Blanc…

On peut gager que la décision du président actuel d’abroger les directives Obama qui encourageaient les universités à prendre en compte les critères raciaux dans la sélection de leurs étudiants ne va pas améliorer sa réputation. Pour les républicains universalistes que nous prétendons être, il ne devrait pourtant pas y avoir photo. Fille du politiquement correct née dans les années 1960, l’affirmative action est aussi injuste dans son principe qu’inefficace dans les faits. Non seulement, elle n’a pas permis de combler le fossé entre les Noirs et les autres communautés, mais elle nourrit les ressentiments. Comment éviter que des étudiants recalés au bénéfice de candidats moins performants se sentent victimes d’une discrimination tout à fait négative ? Le 4 juillet, le journal de France 2 a donné l’exemple d’un examen d’entrée en mathématiques, à Harvard : « Les Blancs n’ont ni bonus ni malus, les Asiatiques, qui, selon l’université, réussissent mieux en maths, partent avec un handicap de moins 140 points, les Hispaniques, avec un bonus de 130 points, et les Afro-Américains avec un bonus de 310 points. » On comprend que les étudiants issus d’une union Noir-Asiatique préfèrent se déclarer comme Noirs…

L’essentialisme qui ne se cache pas

Il faut croire en tout cas qu’il est permis, au nom de l’antiracisme, de mener des politiques racistes : comment qualifier autrement cet essentialisme qui ne se cache même pas ? Ce système semble en effet naturaliser des différences de niveau que l’on a échoué à réduire. Cela revient peu ou prou à dire aux Noirs et aux Hispaniques qu’ils sont structurellement trop nuls pour concourir à armes égales. S’il s’agit de les encourager, c’est une façon particulièrement humiliante de le faire. De plus, le risque est que les Noirs diplômés des grandes universités soient considérés comme des pistonnés, quand bien même ils n’auraient jamais, comme Barack Obama, bénéficié de ces procédures.

On comprend que ce système enrage pas mal de dents de candidats refusés. Aussi est-il l’objet de nombreux contentieux. Dernière affaire en date, à la mi-juin, l’association Students for Fair Admissions a ainsi porté plainte contre Harvard qu’elle accuse de discrimination à l’encontre des étudiants d’origine asiatique, qui se verraient systématiquement attribuer de moins bonnes notes que les autres sur la « personnalité positive » ou la capacité à susciter la sympathie.

Droit à l’indifférence

Ces dernières années, ces procédures ont conduit la Cour suprême à réaffirmer qu’il était légitime de prendre en compte les critères ethniques, tout en précisant que ceux-ci ne devaient pas être décisifs. Comme cette décision d’apparence équilibrée peut, dans les faits, signifier tout et son contraire, les présidents successifs ont été amenés à publier des directives qui fournissent aux universités une méthode pour la mettre en œuvre et qui, sans avoir force de loi, sont relativement contraignantes pour les établissements – qui ne peuvent s’y soustraire sans encourir une enquête fédérale. Les directives Trump, qui visent à limiter l’usage des critères ethniques dans le recrutement des étudiants, ne font que renouer avec la politique de George W. Bush.

Ceux qui caressent l’idée d’importer le système en France, en instaurant par exemple des quotas ethniques, devraient y réfléchir à deux fois. En focalisant les regards sur des différences que notre universalisme nous interdit de voir, ils ne feraient qu’entretenir les tensions qu’ils seraient supposés apaiser. À tout prendre, essayons plutôt de vendre Parcoursup aux Américains. Comme ça, tout le monde sera mécontent, quelle que soit son origine.
Titre et Texte: Élisabeth Lévy, CAUSEUR, nº 59 – été 2018

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