quinta-feira, 12 de março de 2020

Donald Trump, l'invincible


André Bercoff

Donald Trump va se présenter à l'élection présidentielle du 3 novembre prochain fort de son bilan économique (7 millions d'emplois créés en trois ans) et de sa capacité à tenir ses promesses sur l'immigration (extension du mur sur la frontière mexicaine, renvoi de clandestins), ce qui en fait le favori de la compétition.

Il y a quatre ans, j'étais dans le bureau de Donald Trump qui se préparait, dans sa Trump Tower sur la 5e Avenue, à sa longue marche vers le pouvoir. Nous étions à la veille des primaires de l'Iowa, la majorité des républicains se liguait alors pour l'abattre à coups de centaines de millions de dollars, ne pouvant un instant imaginer que leur Grand Old Party soit usurpé par ce magnat de l'immobilier métamorphosé en star du showbiz. Quant aux démocrates, ils ricanaient avec la même condescendance que la quasi-totalité des intellectuels new-yorkais en particulier et de la presse américaine en général, imités avec enthousiasme par tout ce que la France compte d'experts autoproclamés en la matière. Personne ne pariait un kopeck sur la nomination de l'homme à la houppe carotte, encore moins sur la possibilité de son accession à la Maison-Blanche, qui semblait aussi probable que l'apparition d'une colonie de poissons volants. On connaît la suite, qui appartient désormais à l'histoire.

Trump n’as pas dérogé d’um iota à ses promesses de campagne

Il n'est pas inintéressant de relire mon entretien avec Trump pour Valeurs actuelles du 11 février 2016 : tout y était déjà. On peut penser ce qu'on veut du personnage, dauber sa voracité twitteuse, ses saillies pas toujours heureuses, ses postures excessives : il n'empêche que l'homme n'a pas dérogé d'un iota à ses promesses de campagne. Il a dit ce qu'il ferait et fait ce qu'il a dit. Où en est-on aujourd'hui, à huit mois de l'élection présidentielle ? Inventaire.

Trump a enclenché une économie de ruissellement, qui, contrairement aux essais français en la matière, a porté ses fruits

Quelques jours avant les résultats de 2016, Paul Krugman, Prix Nobel d'économie, avait écrit dans le New York Times « Une victoire de Trump signifierait la faillite économique de l'Amérique, qui serait pire que la crise des subprimes de 2008. » Aujourd'hui, près de 7 millions d'emplois ont été créés depuis son élection, le taux de chômage est de 3,5 % (au plus bas depuis cinquante ans). Les taux de chômage des Noirs (5,5 %) et des hispaniques (3,9 %) sont les plus bas jamais enregistrés, et ce sont les bas et moyens salaires qui progressent le plus vite. Quant à la croissance, elle connaît une période exceptionnelle et continue, qui avait commencé sous la présidence de Barack Obama et a perduré - voire augmenté - avec Trump. En baissant drastiquement les impôts des entreprises (de 35 à 21 %), Trump a enclenché une économie de ruissellement, qui, contrairement aux essais français en la matière, a porté ses fruits.

Tout le reste suit. Il m'avait dit, en février 2016 : « Le peuple américain en a marre des incompétents, des soi-disant responsables qui ne savent pas ce qu'ils font, des politiciens corrompus, de ces décisions aussi nulles que mal prises, comme l'accord avec l'Iran, et beaucoup d'autres choix erronés. » Pratiquement dès son arrivée à la Maison-Blanche, Trump a rompu l'accord avec Téhéran et fait pression sur les Européens afin qu'ils boycottent économiquement le pays des mollahs. Les États-Unis étant légèrement plus puissants que le Zimbabwe, l'Europe a suivi en maugréant et la pression reste toujours aussi forte en ce Moyen-Orient.

Il m'avait aussi déclaré : « Je fais la politique du XXIe siècle. Entre Facebook, Twitter et Instagram, je suis suivi actuellement par 12 millions de personnes. Et attention, il ne s'agit pas, tant s'en faut, d'adolescents qui me prennent pour une star du rock, mais de professions libérales, d'employés, d'ouvriers. Bref, de tout le monde. » Tous pensaient qu'une fois élu, Trump allait s'arrêter de tweeter plus vite que son ombre. C'est évidemment le contraire qui s'est produit. Pêle-mêle, il règle son compte à telle ou telle personnalité, répond à telle ou telle attaque, s'indigne et trépigne, mais surtout - chose parfaitement inédite dans l'histoire de tous les pouvoirs - fait part de ses décisions internationales, de ses initiatives inédites, par le biais unique des réseaux sociaux. Aujourd'hui, plus de 100 millions de personnes le suivent et tous de se demander si cette Tweetomania compulsive relève de la psychiatrie, de la mégalomanie ou autres folies douces. En trois ans et demi, Trump a quand même montré qu'il était plus avisé que cela ; ayant constaté que la quasi-totalité des médias américains lui étaient carrément hostiles, qu'ils le considéraient comme un usurpateur et que le plus important était de le déloger, de le destituer, de l'éliminer toutes affaires cessantes, il continue de pratiquer avec allégresse la politique de désintermédiation : directement du producteur au consommateur. Il y a quarante ans, il rêvait d'acheter le New York Times ; aujourd'hui, il lui fait face en un clic.

Depuis la campagne présidentiellle de 2016, Trump est confronte à l’hostilité de la quase-totalité des médias americains

On l'accuse, il réplique et se défend pied à pied
Il m'avait dit aussi : « Nous avons un terrible problème d'immigration clandestine, avec des millions de gens qui sont déjà rentrés et qui continuent de le faire et qui nous causent des problèmes insurmontables à court terme. […] La question se pose en termes économiques et en termes de criminalité. » Et il ajoutait, en réponse à ma question sur l'Europe : « Je pense qu'Angela Merkel a commis une terrible erreur avec les migrants. Ce qui se passe en ce moment en Europe peut conduire à l'effondrement de celle-ci. C'est dramatique, ce qu'elle a laissé faire, ce déferlement : on en voit déjà les conséquences en Allemagne et ailleurs. […] Si on ne traite pas la situation avec compétence et fermeté, oui, c'est la fin de l'Europe. Et vous allez au-devant de véritables révolutions. » On s'est beaucoup moqué de sa perpétuelle référence au mur à instaurer à la frontière mexicaine, annonce qu'il avait faite le premier jour de sa candidature, en juin 2015. De ce point de vue, il n'a jamais cessé de continuer à construire la barrière, construction ralentie, évidemment, par l'opposition démocrate. Plus largement, et suivant toujours son intuition de négociateur aussi acharné que permanent, il menace et cajole tour à tour le président mexicain et fait refouler les migrants d'Amérique centrale à la frontière ; on l'accuse, en mettant des enfants dans des camps de rétention, d'être à la droite d'Adolf Hitler ; il réplique et démontre que Barack Obama en avait fait au moins autant que lui. Par ailleurs, il vient d'étendre le “travel ban” à six pays supplémentaires : la Birmanie, l'Érythrée, le Kirghizistan, le Nigeria, le Soudan et la Tanzanie. Jusqu'à présent, l'interdiction concernait la Corée du Nord, l'Iran, la Libye, la Somalie, la Syrie, le Venezuela et le Yémen. Les visas sont de plus en plus restreints ; il les a plafonnés pour les réfugiés à 18 000 pour l'année 2020, ce qui ne s'était pas vu depuis longtemps. Il n'a pas renouvelé les outrances de la campagne de 2015, où il appelait à un arrêt total et complet de l'immigration musulmane aux États-Unis. Il m'avait dit : « J'ai beaucoup d'amis musulmans avec qui je parle tout le temps et qui sont d'accord avec moi. […] Il se passe quelque chose de très grave au niveau de l'islamisme radical et nous devons comprendre ce dont il s'agit. Nous devons être très vigilants ; il n'y a qu'à regarder ce qui se passe dans le monde, et tout récemment en Europe, pour mesurer l'ampleur du problème. »

L'essentiel pour lui est sa volonté de rupture totale avec ce qu'il appelle l'“État profond”, les bureaucraties qui règnent depuis toujours à Washington

Est-il isolationniste ? nationaliste ? islamophobe ? va-t-en-guerre ? réactionnaire intégral avec ses positions contre l'avortement et pour le port d'arme ? Il est tout cela. Et puis évidemment autre chose. L'essentiel pour lui est sa volonté de rupture totale avec ce qu'il appelle l'“État profond”, les bureaucraties qui règnent depuis toujours à Washington. D'où les tentatives, bien avant sa prise de fonctions, de l'éliminer et qui ont continué de plus belle jusqu'à aujourd'hui : accusations d'avoir fricoté avec les Russes, fait pression sur l'Ukraine, enquête présidée par Robert Mueller, pendant deux ans, afin de le destituer (impeachment). Pour finalement être acquitté par le Sénat. Sans faire cesser la guérilla médiatique : en ces temps de coronavirus, de très distingués journalistes et chroniqueurs new-yorkais parlent, du matin au soir, de « Trumpvirus ». Il demeure évidemment, aux yeux de tous ces redresseurs de torts, responsable des sept péchés capitaux, des dix plaies d'Égypte et de tout ce qui ne va pas dans le monde. Quand il montre qu'il n'est pas si recroquevillé que cela et qu'il fait éliminer le général Soleimani, véritable numéro deux du régime iranien, on l'accuse d'imprudence ; quand il fait exécuter Abou Bakr al-Baghdadi, le fondateur de Dae'ch, on dénonce sa légèreté : quand il arrive à faire rendre gorge - de près de 300 milliards de dollars - aux Chinois, à l'issue de très longs marchandages sur l'import-export, on l'accuse d'appauvrir les agriculteurs américains ; quand il va voir Kim Jong-un à la frontière entre les deux Corées, on dit qu'il n'a rien obtenu, alors que c'est la première fois, depuis la guerre de 1950-1953, qu'il y a un véritable contact entre les deux nations.

Est-il isolationniste ? Nationaliste ? Islamophobe ? Va-t-en guerre ? Réactionnaire integral avec ses positions contre l’avortement et pour le port d’arme ? Il est tout cela

Chose promise, chose due, le mur de Trump à la frontière mexicaine a été prolongé, à la grande satisfaction de ses partisans républicains. Photo: Doug Mills/The New York Times/Redux-REA 
Pronostic ? On ne va pas lire dans le marc de café. Les positions de Trump lui sont évidemment dictées par son électorat de novembre 2016 : les oubliés et laissés-pour-compte de l'Amérique périphérique, les évangéliques, les populistes du Tea Party, les libertariens et autres que Hillary Clinton avait traités de « panier de déplorables » . Mais aujourd'hui, contrairement à 2016, 95 % des républicains approuvent son action. Quant aux démocrates, ils donnent, en ce moment, le spectacle d'une étonnante querelle de ménage à trois : le multimilliardaire Bloomberg, qui veut acheter l'élection et peut-être y réussira ; le modéré Biden, empêtré dans les affaires de son fils en Ukraine ; et enfin le “socialiste” Bernie Sanders, idole des jeunes, alternative populiste de gauche au président actuel. Face à ceux-ci, Trump n'a pas besoin de faire campagne, puisqu'il est candidat à sa réélection ; mais, fidèle à lui-même, il tient un meeting de masse tous les jours, tweete plus que jamais et continue de carburer, depuis l'enfance, à l'adrénaline du winner. Cela suffi ra-t-il à remporter une élection ? Qui votera verra.
Titre et Texte: André Bercoff, écrivain et éditorialiste, Valeurs Actuelles, nº 4345, du 5 au 11 mars 2020

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