De passage à Paris, le fils de l'ex-président emprisonné expose sa méthode et son programme pour gagner la présidentielle du Brésil, le 4 octobre prochain. Et sa vision des relations franco-brésiliennes
Mériadec Raffray
En pull à col cheminée et
jean, Flávio Bolsonaro, le fils aîné de l’ex-président brésilien
Jair Bolsonaro (2019-2022), répond avec flegme et simplicité aux questions des
journalistes réunis pour l’occasion chez Laurent , un
restaurant chic à deux pas de l’Élysée, dans le VIIIe arrondissement de Paris.
À 44 ans, le sénateur de Rio de Janeiro, engagé en politique depuis vingt-trois
ans, vient de déclarer sa candidature à la présidence du Brésil.
Le scrutin du 4 octobre sera une étape clé pour la grande puissance
sud-américaine dont les élites disent volontiers qu’elle « grandit la
nuit pendant que ses politiciens dorment » : les électeurs devront
également choisir leurs députés, renouveler un tiers de leurs sénateurs,
désigner les gouverneurs et élire les assemblées des 26 États de ce pays grand
comme treize fois la France.
En provenance du Moyen-Orient,
où il a défendu le “bolsonarisme” auprès des dirigeants bahreïnis et émiratis,
avant de rencontrer le Premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, à
Jérusalem, la figure montante de la droite brésilienne s’est laissé convaincre
par ses proches de faire un crochet à Paris sur le chemin du retour. Ce sera sa
seule visite européenne. « Je parle à tout le monde, aux juifs, aux
Arabes, aux Russes, aux Chinois… Il faut être pragmatique, chacun doit devenir
un partenaire pour le Brésil » , explique l’héritier désigné du clan
familial après avoir vanté son programme et sa vision aux nouvelles têtes de la
droite conservatrice française et à des entrepreneurs.
Entre le Brésil et la France, des partenariats
gagnant-gagnant
«
Ce n’est pas notre ami Donald Trump notre véritable allié naturel, mais
davantage cette droite conservatrice française aujourd’hui aux portes dupouvoir
», théorise même l’un des membres de son premier cercle, l’homme d’affaires
Arthur Machado. Avec elle, confie cet expert des marchés financiers,
francophone et francophile, le Brésil et la France pourront nouer,
demain, « des partenariats gagnant-gagnant : en contrepartie de l’accès
à notre énergie bon marché et à nos métaux rares, vous nous ferez profiter de
vos technologies, de votre expertise éducative et accessoirement de votre
culture qui irrigue déjà la nôtre ».
Évangélique comme sa mère, Flávio Bolsonaro sera
assurément porte para la communauté protestante, qui vote comme un seul homme
et est en pleine croissance dans ce vieuz pays catholique.
À
Brasília, les troupes bolsonaristes bloquent depuis des mois la ratification
par le Congrès national de la trentaine d’accords bilatéraux signés par leur
ennemi juré, le président sortant, Luiz Inácio Lula da Silva, et son grand ami,
Emmanuel Macron. S’il arrive au pouvoir, Flávio Bolsonaro s’inspirera de Donald
Trump pour rebâtir « de nouveaux rapports avec les grandes puissances
» , qui seront « fondés d’abord sur l’intérêt bien compris de
chaque partie » . Pris en otage par les grandes puissances mondiales
qui s’affrontent pour le contrôle des ressources critiques, le Brésil subit la
convoitise croisée des États-Unis, de la Chine et
des monarchies du golfe Persique, sans en tirer aucun bénéfice pour son
économie, comme en témoigne la désindustrialisation qui s’accélère, pointent
les experts.
Mettre un terme au “gouvernement
des juges rouges de la Cour suprême”
«
C’est l’une des causes de l’appauvrissement des ménages brésiliens, de surcroît
étranglés par un surendettement chronique ; pour sauver leurs rentes, les
banques asservissent les classes moyennes par des taux d’intérêt
exorbitants [entre 12 et 18 %, NDLR] », dénonce Machado. À
ce fléau s’ajoute le retour en force de la corruption à tous les niveaux sous
la présidence Lula (2023-2026). Bientôt quatre ans qui auront effacé le
redressement orchestré par les ministres « technocrates et compétents
» de Jair Bolsonaro en dépit de la parenthèse du Covid. Un bilan que
Flávio résume d’un trait : « Le Brésil était devenu le troisième pays
le plus vacciné au monde, avec un pic supérieur à la Chine et une inflation
inférieure à celle des États-Unis. »
«
Nous voulons rétablir la liberté économique, baisser les impôts, équilibrer les
comptes publics, combattre la corruption et la criminalité. Oui, mes recettes
sont assez simples, mais elles nécessitent de la volonté » , expose le
porte-étendard du “bolsonarisme”, une doctrine politique que d’aucuns réduisent
au faux nez des “3B” : le lobby du bœuf ou l’agro-industrie ; celui de la
balle, c’est-à-dire de ceux qui veulent s’armer pour faire reculer la violence
endémique ; et les défenseurs de la Bible. Évangélique comme sa mère, Flávio
sera assurément porté par la communauté protestante, qui vote comme un seul
homme et est en pleine croissance dans ce vieux pays catholique.
Un
temps pressenti pour relever le défi, son frère Eduardo a finalement préféré
rester aux États-Unis, où, explique l’entourage de Flávio, il s’est mis à
l’abri de la vindicte des juges. En septembre dernier, ils ont condamné leur
père à vingt-sept ans de prison pour sédition et tentative de coup d’État à
l’issue du scrutin perdu de 2022. De la « pure persécution judiciaire
» , assurent ses partisans, qui dénoncent toujours la victoire truquée
de Lula, le champion du Parti des travailleurs, qui aura 81 ans cette année et
est de nouveau candidat à sa propre succession.
Les sondages donnent une légère
avance à Flávio ou le mettent à égalité
Désormais en piste, Flávio
rêve de conquérir une solide majorité au Congrès pour mettre un terme au «
gouvernement des juges rouges de la Cour suprême » . C’est encore un
combat commun avec les conservateurs français, souligne Arthur Machado. Qui
croit aux chances d’accéder au pouvoir de « ce leader populaire sans
être populiste, et très pragmatique, qui jouit aujourd’hui d’une véritable
écoute dans la classe ouvrière délaissée par la gauche féodale et “wokiste” ».
Les
sondages donnent une légère avance à Flávio ou le mettent à égalité avec son
adversaire, qui bénéficie d’un crédit intact dans ses bastions du nord et de
l’est du pays. « Lula, c’est un produit périmé, une vieille bagnole qui
boit beaucoup » , sourit celui qui se revendique « le plus
modéré des Bolsonaro ». Durant cette campagne, il entend « créer un
espace politique pour les gens partageant les mêmes valeurs : Dieu, la famille,
la patrie et la liberté d’entreprendre et de s’exprimer ». Assis sur un
noyau dur d’environ 35 % d’électeurs concentrés dans le Sud et l’Ouest, Flávio
sait qu’il devra convaincre une partie du « grand centre », cette
majorité de Brésiliens que la politique ennuie et qui fait souvent basculer
l’élection.
Titre et Texte: Mériadec Raffray, Valeurs Actuelles, nº 4657, du 25 février au 3 mars 2026


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