quarta-feira, 5 de fevereiro de 2020

Mila et les barbares

Élisabeth Lévy

Élisabeth Lévy revient sur l’affaire Mila, une adolescente aussi victime de ceux qui ne veulent rien voir.

« En France, la liberté de blasphème est protégée. Nous ne nous lasserons jamais de défendre la liberté d’expression, dans toute sa plénitude. » Ces phrases ont été prononcées le 15 janvier par Emmanuel Macron, devant témoins – c’était au cours des vœux à la presse. Les admonestations présidentielles, la jeunesse islamisée et indigénisée s’en tamponne le coquillard, à peu près autant que Cédric Villani. Quelques jours plus tard, des milliers de messages, mêlant injures, obscénités, menaces de mort et de viol, sans oublier moult considérations générales sur les intentions prêtées à Allah de châtier les outrages pour faire régner la paix et l’amour islamiques sur terre, déferlaient sur une blasphématrice de 16 ans, aux yeux verts et aux cheveux violets.

De l’inconvénient de blasphémer en étant mal accompagnée
Mila a grandi en Isère, dans une famille de la classe moyenne qui lit Charlie et bouffe gentiment du curé. C’est une fille de son temps, qui affiche son homosexualité et raconte tout ce qui lui passe par la tête sur Insta. Le 20 janvier, au cours d’un live, elle papote avec ses abonnés, notamment de son rêve de devenir chanteuse. Un internaute la drague, elle l’éconduit, il rameute ses copains, et les injures fusent : « sale pute », « sale gouine », « sale Française ». Ça ne la calme pas, au contraire. Quelques heures plus tard, elle poste une vidéo où elle déclare « détester la religion, toutes les religions », et plus encore celle dont se réclament ses agresseurs : « Votre religion, c’est de la merde, le Coran il n’y a que de la haine là-dedans. Votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul. »


Notre merveilleuse tolérance a laissé prospérer une génération de petits barbares avec foi mais sans loi qui, imperméables à toute altérité, disent « je vais te tuer » comme d’autres « vous exagérez »

Ces quelques dizaines de secondes deviennent très vite virales (alors que l’épisode précédent n’a pas été conservé), suscitant une montée aux extrêmes instantanée de petites frappes qui cherchent dans le Coran la réponse à leurs frustrations. Les loups de papier se déchaînent et s’entrexcitent. On publie le nom et l’adresse de Mila, on connaît son lycée, on l’attendra à la sortie. Toutefois, de nombreux musulmans, tout en regrettant ses propos, condamnent les agresseurs. Pas Abdallah Zekri, le délégué général du CFCM qui mange le morceau sur Sud Radio : « Qui sème le vent récolte la tempête. Elle l’a cherché, elle assume. » Le 11 janvier 2015, nous déclarions la guerre au fanatisme. Cinq ans plus tard, la lapidation de Mila résume notre défaite, inscrite au carrefour de trois dynamiques : la progression de l’islam radical, l’aveuglement des « progressistes », l’impuissance de l’État.


La gauche, mi-gênée mi-endormie
La sécession culturelle d’une grande partie, peut-être la moitié, de la jeunesse musulmane de France, a fait l’objet de nombreux travaux. L’hyper susceptibilité identitaire, qui nourrit une haine ouverte de la France, se conjugue de surcroît avec une absence totale de surmoi, un refus assumé des normes de la vie en société. Notre merveilleuse tolérance a laissé prospérer une génération de petits barbares avec foi mais sans loi qui, imperméables à toute altérité, disent « je vais te tuer » comme d’autres « vous exagérez ». Entre aveuglement et excusisme, les milieux dits progressistes ont encouragé cette propension à « se lâcher ». Le 29 janvier, Le Monde n’avait toujours pas jugé utile de signaler l’affaire Mila à ses lecteurs. Le reste de la presse «  de gauche » l’a traitée avec des pinces à linge sur le nez et des gants Mapa [1] , observant que la jeune fille était soutenue par l’extrême droite, de Marine Le Pen à Causeur (et ta sœur elle est d’extrême droite ?). Dominique Nora, dans L’Obs, se résout à défendre Mila, quoique en « mauvaise compagnie » (ça c’est nous), tout en dénonçant le silence criant de la gauche. Presque drôle, le patron du PS Olivier Faure affirme dans « Quotidien » qu’ajouter à la polémique ne rendrait pas service à la jeune fille. Les féministes sont aux champignons et, si le journal Têtu se déclare Mila sans réserve, beaucoup de militants LGBT qui ne voient le mal que chez le mâle blanc se joignent à la curée.

Bref, à l’exception du Printemps républicain et des francs-macs, la gauche persiste à ne pas voir ce qu’elle voit. Et voilà que le président, revenant des cérémonies du souvenir d’Auschwitz à Jérusalem, croit malin de flatter lui aussi la fibre victimaire des jeunes Français qui se la jouent colonisés en promettant une initiative mémorielle sur la guerre d’Algérie. Auschwitz le matin, guerre d’Algérie le soir, une cuillère pour les juifs, une cuillère pour les Arabes. Dans la même logique, le parquet de Vienne décide courageusement d’ouvrir deux enquêtes, l’une sur les menaces de mort, l’autre pour déterminer si les propos de l’adolescente relèvent de la « provocation à la haine raciale » (alors même qu’aucune plainte n’a été déposée). Surtout, ne pas choisir. Pire encore, l’impayable Nicole Belloubet affirme sur Europe 1 : « Insulter les religions c’est porter atteinte à la liberté de conscience », ce qui revient à restaurer le délit de blasphème dénoncé par le président.

Notre situation ne s’arrange pas
En somme, quand l’État n’est pas complaisant, il est impuissant. L’Éducation nationale ne peut pas garantir la sécurité de Mila qui est déscolarisée – sans susciter de mobilisation de ses camarades. Certes, Marlène Schiappa, qui a fini par se réveiller, a demandé une protection pour la jeune fille. Vivre entre deux policiers, c’est tout ce que la République peut proposer à ceux que l’on menace physiquement. Des racailles à la sauce islamiste chauffées à blanc, une gauche complice et des représentants de l’État qui ne songent qu’à passer entre les gouttes : cette affaire Mila m’a rappelé une pancarte aperçue en novembre 2011, lors d’une manifestation de soutien à Charlie. L’auteur avait écrit  : « C’est dur de vivr’ensemble avec des cons » Depuis, ça ne s’est pas arrangé.
Élisabeth Lévy, Éditorial, Causeur, 5-2-2020




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