quinta-feira, 27 de maio de 2021

Sur le vif

Fatiha Boudjahlat

L’idéologie gauchiste et islamo-gauchiste rend stupide, aveugle, paresseux, arrogant, manipulateur. Même nos plus brillants intellectuels. Un exemple consternant: le sociologue et démographe François Héran, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Migrations et sociétés, reçu sur France Culture et dans les autres médias à l’occasion de la publication de sa Lettre aux professeurs sur la liberté d’expression. Une lettre qui s’apparente plutôt une gifle à tous les enseignants, imbéciles, imprudents et islamophobes. Elle est aussi une insulte à la mémoire de Samuel Paty. François Héran pointe les erreurs du professeur assassiné le 16 octobre dernier, reprenant un billet de la directrice de recherche au CNRS Françoise Lorcerie. Celle-ci se propose, « en ces lendemains d’hommage à Samuel Paty », de « mener une réflexion sur le point de départ scolaire du drame. Ce qui s’est passé au collège ne fut que le prétexte du crime. Pourtant c’est important de tenter de pousser la réflexion à ce sujet ». En fait, elle recense les erreurs, les fautes de l’enseignant décapité. Et la seule conclusion qui émerge de la lecture de ce texte, c’est que Samuel Paty porte une responsabilité dans son assassinat.

Il l’a bien cherché: en effet, « pour son cours, le professeur avait choisi de s’appuyer sur une fiche publiée par l’association Dessinez créez liberté (DCL) », association dont le principal tort est en fait d’être proche de Charlie Hebdo. Elle analyse ladite fiche, inadaptée aux collégiens, hostile à leurs croyances. Le problème est que cette fiche a été élaborée en réaction à l’assassinat de Samuel Paty. Ce billet était déjà indécent. Mais il repose sur une erreur qu’un étudiant de première année n’aurait pas faite. Et tranquillement, François Héran reprend cette information fausse, cette thèse outrageante.

Ce n’est pas qu’une erreur de la part de Françoise Lorcerie. Interrogée par le New York Times, elle expliquait que Paty avait commis une erreur, que l’étude de la caricature est inadapté aux collégiens, qu’elle n’avait jamais entendu dire que des enseignants de collège les utilisaient en classe. C’est faux, bien sûr. Je le fais. Et c’est utile. Et j’ai le privilège de faire intervenir l’association DCL dans mon collège au mois de mai. Une directrice de recherche au CNRS. Un professeur au Collège de France. Des intellectuels, oui. Des militants, encore plus. Des chercheurs? De canapé. Intervenant depuis leurs confortables postes d’universitaires payés par les deniers publics de l’État honni. Dans la matinale de France Culture, François Héran a osé déclarer avec aplomb que la liberté de croyance n’était pas absolue en France. Quelle erreur! Il n’y a que les régimes totalitaires qui aient instauré une police de la pensée. La liberté de croyance, en fait de conscience, est bien évidemment absolue. Le titre semble permettre à beaucoup, surtout dans le champ des sciences sociales, de se dispenser de faire des recherches. De vérifier leurs assertions.

Des étudiants syndicalistes ont ouvert une chasse aux sorcières dans l’Institut d’études politiques de Grenoble. Aussi minoritaires qu’ils sont bruyants. Deux d’entre eux ont déclaré: « L’islamo-gauchisme n’existe pas, le CNRS l’a dit. L’islamophobie existe, le labo Pacte [de l’IEP de Grenoble] l’a dit. » L’argument d’autorité devient un argument autoritaire. Quand on pense que ce scandale commence dans un groupe de discussion devant préparer une semaine de mobilisations et de conférences sur « le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie ».

Klaus Kintzler, enseignant à l’IEP de Grenoble, dont le nom a été affiché par des collages l’accusant d’islamophobie, a fait état, dans ce groupe de travail, de son opposition à la mise sur le même pied de ces trois notions et des réalités qu’elles sont censées identifier et décrire. Une chercheuse très active dans la dénonciation de l’islamophobie, devenue son sujet d’étude, s’est plainte d’agressions et de harcèlement. Mais si le débat contradictoire ne peut se tenir dans un groupe de travail universitaire, où pourrait-il donc se tenir? Cette chercheuse ne semble faire qu’un avec son sujet d’étude. Le contester ou seulement en contredire des éléments devient une agression de sa personne! Une université devrait être le lieu de protection, le safe space de la discussion, du débat. Un groupe de travail, de réflexion, devrait l’être encore plus. Nous devons retrouver une éthique, un courage, une habitude du débat. La contradiction n’est pas une agression. Et des chercheurs ne devraient pas être dans cette fragilité!

L’islamo-gauchisme, c’est comme le réchauffement climatique. Il y en a qui affirment qu’il n’existe pas. Mais ses effets sont bien réels. Comment désigner mieux cet aveuglement volontaire d’une gauche « bobo » à l’entrisme islamiste? Comment dénoncer plus efficacement leur relativisme culturel qui fait tout accepter de pratiques rétrogrades pourvu qu’elles soient auréolées du croissant vert?

La jeune fille qui, par ses mensonges et l’activisme de son père, a conduit à l’assassinat de Samuel Paty et à sa décapitation, est scolarisée. Mise en examen, mais scolarisée. La République est bonne fille. Mila, la jeune lycéenne menacée de viol et de mort pour avoir dit son mépris de la religion musulmane, ne l’est plus, après l’avoir été, en secret, dans un lycée militaire. Les deux enseignants de l’IEP de Grenoble accusés d’islamophobie comme celui de Trappes, Didier Lemaire, ne peuvent plus enseigner et doivent faire l’objet de protections particulières. Comme l’a écrit Fiammetta Venner, « l’islamophobie tue ceux qui en sont accusés ». Et seulement ceux-là.

Titre et Texte: Fatiha Boudjahlat, Revue des Deux Mondes, mai-juin 2021

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