quinta-feira, 13 de fevereiro de 2020

Loi bioéthique, le retour du socialisme?

Philippe Nemo

La loi en cours d'adoption, presque sans débat, est porteuse de dangers sociaux en faisant de la famille une structure sociale obsolète, dénonce le philosophe.

On essaie de faire croire que l'admission ou le rejet de la “PMA pour toutes” sont des choix purement individuels. Seuls donc des psychorigides pourraient refuser cette réforme. En réalité, il s'agit de bien autre chose. Il s'agit d'une affaire qui concerne la société tout entière et doit donc être envisagée sur les plans sociologique, anthropologique et historique. En changeant le mode de naissance des enfants et la filiation, on s'achemine en effet vers un modèle social n'ayant aucun précédent connu dans l'histoire de l'humanité. Et on le fait avec une stupéfiante inconscience. « Nous faisons une révolution » , disent benoîtement les ministres responsables.

Or, alors qu'on touche ici à des structures sociales bien plus profondes que la Constitution, on entend opérer ce bouleversement par un simple article d'une loi ordinaire, sans référendum, sans réunion du Congrès, quasiment sans débat ! Et alors que maintes grandes consciences invoquent avec effarement le “principe de précaution” quand il s'agit de faire la moindre innovation dans l'industrie, personne, apparemment, dans notre classe politique ne songe à invoquer ce même principe pour freiner une réforme pourtant porteuse de tant de dangers sociaux.

Manifestation du 19 janvier contre le projet de loi relatif à la bioéthique. Le refus d'une déconstruction de la structure familiale et de la société civile. Photo © ISA HARSIN/SIPA

Le problème est que la loi fait de la famille, pour la première fois aussi explicitement, une structure sociale obsolète. D'une part, on brouille, et en réalité on casse, la notion de filiation. D'autre part, on décrète que n'importe qui a le droit de faire naître un enfant par un simple acte de volonté individuelle, sans qu'il ait un père, une mère et un environnement humain stable et équilibré entre un pôle masculin et un pôle féminin. Ce droit est accordé, en outre, à des personnes qui ne peuvent engendrer et n'auront donc avec lui qu'un lien contractuel instable.

Certes, aujourd'hui comme hier, beaucoup d'enfants n'ont pas de famille complète et pérenne. Mais ce sont là des accidents de la vie, auxquels on remédie tant bien que mal par des formules de substitution (familles recomposées, adoption… ). Or la loi transforme ces accidents en norme, ouvrant la voie à une multiplication des cas. Qu'en résultera-t-il ? Rien de grave, soutient-on, puisque la famille classique n'est qu'un “stéréotype”.

C'est un fait qu'aucune société n'a supprimé purement et simplement la famille en ses deux principes majeurs que sont la filiation et la stabilité dans le temps

Non-sens scientifique ! Toutes les normes et les valeurs d'une société sont des stéréotypes. Est-ce pour cela qu'on peut en changer comme de chemise, comme si elles n'avaient aucune raison d'être profonde ? L'anthropologie nous montre que la famille a existé dans toutes les sociétés humaines connues. Sous les formes les plus diverses, certes : monogames, polygames, polyandres, lignages, familles souches, familles nucléaires… Il y a même eu des sociétés qui ont fait place explicitement à l'homosexualité, cas d'ailleurs très rares et restés sans lendemain. Mais c'est un fait qu'aucune société n'a supprimé purement et simplement la famille en ses deux principes majeurs que sont la filiation et la stabilité dans le temps. Décréter soudain qu'on va le faire est donc d'une inconcevable imprudence.

La déconstruction de la famille amorcée

À moins qu'il n'y ait une raison cachée à cette fuite en avant. Rappelons que, de Platon à Campanella, Marx ou Fourier, la destruction de la famille a été l'obsession de tous les socialismes. En effet, la famille est une membrane qui, s'interposant entre l'individu et le tout social, bloque la constitution de la grande famille collective qui est le but ultime du socialisme. Les idéologues ont certes compris qu'ils ne pouvaient procéder que par étapes. Aussi ont-ils savamment programmé celles-ci dans leurs officines : les plus récentes ont été le divorce par consentement mutuel, puis, comme aujourd'hui, par simple répudiation unilatérale ; l'octroi aux enfants adultérins de tous les droits civils des enfants légitimes ; le Pacs, puis le mariage homosexuel, etc. La “PMA pour toutes” est l'étape en cours ; ne doutons pas que la prochaine sera la GPA.

Politique avisée, puisqu'il faut bien comprendre qu'à chaque nouvelle mesure détricotant ainsi la structure familiale, le collectivisme avance d'un pas. Chaque fois, en effet, un nouveau contingent d'individus aux attaches sociales faibles apparaît, électrons libres qui, pour vivre, devront s'intégrer nolens volens à des structures collectives de substitution. Aujourd'hui encore, un parent isolé peut se faire aider par la famille proche, ses parents, ses frères et sœurs, oncles et tantes, cousins et cousines. Mais si demain un enfant peut naître sans vrai père et sans vraie mère, il n'aura pas, non plus, de vrais frères, grands-parents, oncles ou cousins ; il n'aura ni famille propre ni famille proche. On en arrivera alors, en quelques générations, là même où les idéologues veulent en venir, c'est-à-dire à une société où presque tout le monde aura un besoin vital de la tutelle active de la collectivité dans sa vie quotidienne. Les parents isolés devront impérativement être aidés financièrement (allocations de parent isolé, aides au logement, etc. ) ; on devra confier les enfants à des crèches, à des écoles (qui seront chargées de plus en plus de leur éducation), à toutes sortes d'organismes sportifs et de loisirs (qui les garderont la plus grande partie du temps et les formateront à leur manière). Il faudra créer ces organismes, embaucher et payer leurs personnels, donc augmenter dépenses publiques et prélèvements obligatoires. Ainsi, par les simples effets mécaniques de la déconstruction de la structure familiale, l'État providence continuera à grossir jusqu'à absorber en lui l'essentiel de la société civile. Alors adieu l'homme libre et la société humaniste que nous chérissons.

Si tel est l'effet prévisible de ces réformes, telle est aussi, sans doute, leur vraie finalité. C'est ce que donne à penser, en tout cas, le fait qu'elles ont été essentiellement prônées par l'extrême gauche et par les personnalités les plus à gauche des gouvernements récents, de Christiane Taubira à Marlène Schiappa. Par l'effet de quel désolant conformisme de si nombreuses personnalités politiques de la droite et du centre peuvent-elles les approuver et même y applaudir ?
Titre et Texte: Philippe Nemo, Valeurs Actuelles, 2-2-2020, 18h

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