segunda-feira, 15 de junho de 2020

Pour saluer Max Weber

Robert Kopp 

Lorsque Max Weber [photo] est mort, le 14 juin 1920, à seulement 56 ans, nombreux furent les témoignages qui saluaient en lui l’un des penseurs les plus influents de son temps. Parmi eux, celui d’un jeune philosophe, Karl Jaspers, qui voyait en lui le contemporain capital et un modèle pour sa vie toute entière. 


Qu’en est-il aujourd’hui ? Si tout le monde se souvient de L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme ou des deux conférences de 1919 réunies sous le titre Le Savant et le politique, facilement accessibles dans des éditions de poche, les autres ouvrages du fondateur de la sociologie allemande, sur la théorie de la science, la sociologie du droit, la sociologie des religions, la sociologie de la musique, le judaïsme antique, le confucianisme, le taoïsme, l’hindouisme et le bouddhisme nous sont moins familiers. Sans parler des nombreux textes qui n’ont jamais été traduits en français et que recèle la Max-Weber-Gesamtausgabe (MWG) aux éditions Mohr Siebeck, à Tübingen.

« Rien ne s’opposerait à l’exercice de notre liberté si nous ne nous soumettions pas aux différentes instances de domination légitime »

Mais pourquoi relire Max Weber ? C’est qu’il est une problématique qui parcourt toute son œuvre et qui est d’une actualité toute particulière aujourd’hui : celle de la possibilité d’une vie libre et autodéterminée, malgré la « cage d’acier » de l’économie capitaliste, d’une vie susceptible, malgré tout, d’étancher notre soif de liberté individuelle, même dans un contexte  où Emile Durkheim voyait plutôt du déterminisme.

Reprenant le questionnement de Marx et de Nietzsche, Max Weber est persuadé que rien ne s’opposerait à l’exercice de notre liberté si nous ne nous soumettions pas aux différentes instances de « domination légitime », que ce soit l’entreprise, la bureaucratie ou l’idéologie.  Certes, obéir aux ordres d’un patron, suivre les consignes d’une administration ou s’incliner devant une croyance nous vaut de l’argent et de la considération. Autant de primes versées pour notre docilité. Toutefois, n’attendons pas que la solution du problème nous vienne « de nouveaux prophètes et de nouveau sauveurs ». Répondons avec Goethe à « l’exigence du jour » : que chacun suive « le démon (daïmon) qui tient les fils de sa vie » et qu’il lui obéisse.

« Un très grand savant, et aussi un écrivain plein d’esprit et d’humour »

Son esprit d’indépendance, Max Weber l’a prouvé en maintes circonstances, à l’égard de ses collègues, dans sa vie quotidienne. Rien ne l’illustre mieux que les lettres qu’il a écrites au cours de ses nombreux voyages et qui viennent d’être rééditées. Ce sont sans doute ces Reisebriefe 1877-1914 (2) qui forment l’introduction la plus ludique à sa pensée. Weber est un observateur très perspicace des particularités des pays qu’il visite, Italie, France, Pays-Bas, Espagne. Ainsi, en Écosse, il note que le style des auberges diffère du tout au tout des auberges allemandes, qui sont nées de la fréquentation par les marchands et qui ont petit à petit gagné en confort, alors que les auberges écossaises, servant de relais de chasse à l’aristocratie, se sont peu à peu démocratisées.

Max Weber n’est pas seulement un très grand savant, c’est aussi un écrivain plein d’esprit et d’humour. Souhaitons que ces textes puissent séduire un éditeur français.
Titre et Texte: Robert Kopp, Revue des Deux Mondes, 15-6-2020

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