terça-feira, 19 de outubro de 2021

La deuxième bataille d'Alger


Marc Obregon

Tous les présidents de la cinquième république se sont heurtés un jour ou l’autre à la pénible problématique du défi mémoriel. Que faut-il faire de notre passé ? Comment intégrer des exactions commises il y a des années à un nouvel appareil démocratique et diplomatique, à une nouvelle narration d'état ? Macron est le premier président à être né après la guerre d’Algérie et à gouverner dans un monde où les anciens pays colonisés rivalisent désormais de rancœur, aidés en cela par les idéologies masochistes de la culture woke. Il devient en apparence compliqué de ne pas sombrer dans la repentance automatique, dans l’exercice ronronnant du mea culpa de l’homme blanc. Car enfin, ce qui se joue dans cette rivalité entre l’Algérie et la France, c’est d’abord un non-dit : celui d’un pays qui n’a pas su évoluer, qui n’a pas su construire quoi que ce soit de pérenne à partir de son indépendance et qui en fait le reproche à la France, comme si la colonisation était seule responsable de cette paralysie du sommeil dans laquelle l’Algérie est engagée depuis des années.

Aujourd’hui, il est devenu strictement impensable de pouvoir défendre ne serait-ce qu’une seconde le bilan du colonialisme dans certains pays, il est pourtant effectif en Algérie, pourtant la Macronie préfère parler de crime contre l'humanité... L’Algérie se pensait-elle en tant que nation avant l’arrivée des Français ? N’est-elle pas devenue une nation précisément dans l’adversité coloniale, mais aussi parce qu’elle a été pensée par nos intellectuels, par nos hommes politiques, par nos diplomates ? Il faut rappeler alors l’intransigeance candide de l’Internationale Situationniste, qui défendit bec et ongles le coup d’état de Boumediene parce qu’à leurs yeux il permettait au pays de s’inventer en tant que nation socialiste sans passer par une étape qu’ils jugeaient cuisante, celle d’une nation bourgeoise « Nous saluons dans l’émancipation des peuples colonisés et sous-développés, réalisée par eux-mêmes, la possibilité de s’épargner les stades intermédiaires parcourus ailleurs, tant dans l’industrialisation que dans la culture et l’usage même d’une vie libérée de tout » Voilà qui laisse songeur. 

Le Situationnisme n’en était pas à son premier paradoxe, et aujourd’hui ce genre de déclaration serait tout bonnement impossible à entendre… Il faut revoir également le beau film de Gillo Pontecorvo, La Bataille d’Alger, pour comprendre à quel point l’Algérie, à l’instar d’autres ex-colonies du Moyen Orient, est une fiction qui se cherche une réalité. Faux documentaire, faux film de propagande, mais vraie fiction filmée avec des morceaux de réalité, dont la nature profondément ambivalente explose lorsqu’on sait que les préparatifs du tournage servirent à dissimuler le coup d’état de Boumediene vis-à-vis contre Ben Bella, en 1965… L’objet cinéma devient ici un objet politique, un outil de guérilla.

Les pays colonisés, puis décolonisés avec rage, sont autant de pays mentaux, qui n’ont malheureusement jamais connu l’immanence nécessaire d’une société civile pré-existante. Les pays colonisés sont des pays qui sont pensés, processés, fruits d’une complexe ingénierie historique. Aujourd’hui l’Algérie qui n’a jamais été une démocratie oppose à la France un redoutable mépris et lui interdit même le survol de son espace aérien (problématique en pleine opération Barkhane).

Macron, isolé, n’aura à lui opposer que des remords circonstanciés, jugeant inexcusable les massacres du 16 octobre. En réalité, la seule chose dont devraient s’excuser les pays occidentaux, c’est d’avoir inventer des pays entiers, d’avoir tiré du néant ces golems étatiques campés sur les pieds d’argile d’une indépendance qu’ils n’ont jamais eu qu’en sous-traitance…

Titre et Texte : Marc Obregon, L’Incotidien, mardi, 19 octobre 2021

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