segunda-feira, 25 de novembro de 2019

[Livros & Leituras] “Courage”, le “manuel de guérilla culturelle” qui veut pousser la droite à se battre pour ses idées

Le directeur de La Nouvelle Librairie, régulièrement attaquée par les “antifas”, publie un “Manuel de guérilla culturelle” pour exhorter les intellectuels de droite au courage.

François Bousquet, photo: Hannah Assouline/Opale Via Leemage

Olivier Maulin

« Quiconque touche un livre […] touche l'Homme avec une majuscule », affirmait John Cowper Powys. Par temps démocratique, on pourrait penser que cette affirmation est superflue. Les autodafés sauvages de livres sont derrière nous, ces hommes en uniforme alimentant les feux de livres dont nous avons tous les sinistres images en tête. Aujourd'hui, le livre est respecté, promu, sacré ; il est symbole de connaissance et de culture ; s'attaquer à lui est considéré à l'unanimité comme l'acte obscurantiste par excellence.

On étonnera donc certainement de nombreux lecteurs en leur disant que depuis quelques mois une librairie parisienne est régulièrement attaquée, ses vitrines brisées et ses libraires agressés, et on les étonnera peut-être encore plus en leur précisant que ces attaques, qui ont toutes donné lieu à des plaintes au commissariat et à des communiqués de la part de la librairie attaquée, n'ont pas suscité une seule ligne dans la presse. Pas un mot, pas une allusion, rien : un silence aussi effrayant que celui des espaces infinis de Pascal.

Bien entendu, mais là on n'étonnera plus personne, cette librairie est de droite, revendiquée comme telle, et les agresseurs appartiennent à la mouvance “antifasciste”. Imagine-t-on une librairie de gauche attaquée par des “fascistes” ? Le Monde dégainerait les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire en une, France Inter pointerait “les mots qui tuent” de Zemmour et les ministres feraient la queue chez Bourdin pour condamner une inqualifiable agression contre la démocratie. Voilà exactement où nous en sommes.

Un manifeste pour cesser de respecter les règles fixées par les intellectuels de gauche

Cette librairie, c'est La Nouvelle Librairie, créée au printemps 2018 au 11 de la rue de Médicis, en plein Quartier latin, par une petite équipe plus ou moins liée à la revue Éléments, avec le but affiché de réinvestir ce lieu symbolique du pouvoir intellectuel, cinquante ans après mai 1968.

C'est dans cette optique de Reconquista culturelle que la librairie vient de créer sa propre maison d'édition, qu'elle inaugure avec deux titres : la Révolution nationale de Georges Valois, maître d'œuvre du Cercle Proudhon, qui rassembla avant 1914 militants d'Action française et anarcho-syndicalistes, et qui fut également directeur entre 1912 et 1918 de La Nouvelle Librairie nationale, maison d'édition de l'Action française qui avait son siège… au même numéro 11 de la rue de Médicis.

Le deuxième titre est Courage ! , du nouveau patron des lieux, François Bousquet, un manifeste éclatant qui enjoint les intellectuels de droite à cesser de respecter les règles fixées par l'adversaire, lequel a décidé une fois pour toutes que leurs idées étaient honteuses et devaient être dissimulées. « Cessons de penser qu'elles n'ont vocation qu'à circuler sous le manteau, et pas au grand jour. De la lumière, de l'air, de l'espace ! On ne le répétera jamais assez : il faut en finir avec les stratégies d'invisibilité imposées par nos adversaires que nous avons intériorisées. » Cacher ses idées, c'est avouer qu'elles sont honteuses.

Bien entendu, affirmer des idées “non conformes” dans certains milieux, singulièrement les milieux culturels et intellectuels, vous expose à de lourdes sanctions, avec un risque d'exclusion et de honte sociales, ce qui depuis quelques décennies est la meilleure manière qu'ont trouvée « les amis du désastre » , ainsi que les appelle Renaud Camus, pour faire taire ceux qui ne pensent pas correctement, c'est-à-dire comme eux. C'est cette logique que veut briser Bousquet, qui en appelle à « la clef des vertus » , à celle qui se dresse « au seuil de la décision inaugurale » selon les mots de Vladimir Jankélévitch : le courage, sans quoi rien ne se fait.

Le pouvoir de rallumer l’étincelle de la vérité

Bousquet enjoint les intellectuels de droite à s'organiser, y compris matériellement, de manière à conquérir les conditions de leur indépendance et à participer à visage découvert au combat culturel. Comment se fait-il que les idées de droite soient partagées par une large majorité du peuple et qu'elles n'arrivent jamais au pouvoir ? Les peuples sont envoûtés, répond Bousquet, et seule une avant-garde intransigeante aura ce pouvoir de rallumer l'étincelle de la vérité, de réveiller dans l'inconscient collectif des idées qui y sont en dépôt. La première nécessité consiste à nommer les choses. « Si les dénominations ne sont pas correctes […] le langage est sans objet. Quand le langage est sans objet, l'action devient impossible […]. C'est pourquoi la toute première tâche d'un véritable homme d'État est de rectifier les dénominations », disait Confucius que Bousquet convoque avec Soljenitsyne, Ezra Pound, Antonio Gramsci, André Tardieu, Christopher Lasch, Michel Foucault, Nassim Nicholas Taleb ou Dominique Venner pour dérouler son impeccable raisonnement.

Au-delà du “manuel de guérilla culturelle” qu'il prétend être, cet essai est également, surtout, une réflexion sur les enjeux culturels et le pouvoir, le vrai pouvoir, celui qui est « production de la parole autorisée »« maîtrise du licite et de l'illicite ». Déterminer ce que l'on a le droit de dire et ce qui est interdit dans une société : voilà ce qui fonde la vraie sacralité d'un régime, nous dit-il. Et c'est bien là qu'il faut agir : rendre nos idées licites et les leurs illicites, attaquer dès qu'on le peut les « discours omnibus » (ceux qui marquent tous les arrêts du politiquement correct), créer enfin les conditions de l'adhésion des masses à nos idées. On ne gouverne pas par la force, a montré Gramsci, mais par l'hégémonie culturelle. « Avant la Terreur sanglante de 93, il y eut, de 1765 à 1780 […] , une terreur sèche, dont l'Encyclopédie fut le comité de salut public, et d'Alembert le Robespierre », rappelait Augustin Cochin. Les idées qui gagnent le combat culturel finissent par arriver au pouvoir.

Si nous voulons que les nôtres arrivent au pouvoir et permettent à notre peuple de poursuivre son destin, gagnons la guerre culturelle, conclut Bousquet, et commençons par obéir à ce bon vieux Verlaine qui du fond de sa prison, accroché aux barreaux, a crié spécialement pour nous : « Allons, debout ! allons, allons ! debout, debout ! »

“Courage !”, de François Bousquet, La Nouvelle Librairie Éditions, 250 pages, 12 €.

Titre et Texte: Olivier Maulin, Valeurs Actuelles, nº 4328, du 7 au 13 novembre 2019

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