sexta-feira, 23 de dezembro de 2022

Michel Onfray: «Il n’est jamais trop tard pour redevenir libre»

Ayrton Morice Kerneven

De livre en livre le philosophe et fondateur de la revue Front populaire ne cesse de reconduire et d’aiguiser son constat du déclin. Son dernier essai, Puissance et décadence (1), déplore la destruction de la France. Un crépuscule causé, selon lui, par la dilution de sa souveraineté. Que faire pour la recouvrer ? Comment renouer avec la puissance que l’on a délaissée ? Michel Onfray nous répond.

Votre dernier livre s’intitule Puissance et décadence. À quand remonte le début de cette décadence? Par rapport à quelle période peut-on faire le constat d’un effondrement des valeurs?

J’ai consacré six cents pages d’un livre intitulé Décadence à raconter le détail de cette opération. Paul Valéry est devenu un auteur dont la célèbre phrase «Nous autres civilisations savons que nous sommes mortelles» fait le bonheur des professeurs qui choisissent les sujets du bac philo! Mais Paul Valéry semble ne dire vrai que dans ce cadre-là! À défaut, nous serions décadentistes… Notre civilisation commence à aborder sa chute quand la Renaissance convoque des œuvres extra-chrétiennes pour nourrir l’époque puis, dans la foulée, quand on sollicite la raison pour prouver et justifier Dieu, c’est-à-dire quand Dieu ne va plus de soi. Ça n’est donc ni la révolution française ni Mai 68 qui sont en jeu! C’est le trajet naturel de ce qui est vivant et une civilisation est un organisme vivant.

«Nous allons couler parce que nous ne nous aimons plus et que nous ne chérissons que ce qui nous salit, nous corrompt, nous détruit»: le mal français, c’est d’abord la haine de soi?

C’est moins un «mal français» que le mouvement naturel d’une civilisation que d’avoir à disparaître. Et l’un des signes de cet effacement se repère dans cette haine de soi, de ce que nous sommes, de ce que nous avons fait, une haine doublée d’un amour de tout ce qui nous hait, nous déteste, nous méprise et veut notre fin, notre mort. 

La civilisation judéo-chrétienne n’aurait été que colonialisme, racisme, guerre, génocide, ethnocide, écocide, alors que, si elle a bien été cela – comme toutes les autres civilisations, elle produit de la négativité –, elle a été aussi la première à produire les anticorps de ces pathologies. Car l’anticolonialisme, l’antiracisme, le pacifisme, le droit international, l’écologie sont aussi, et surtout, des produits de cette même civilisation! Quelle civilisation extra-européenne aurait inventé ces antidotes? La Chine confucéenne? L’Iran islamique? L’Afrique animiste? Castro, Pol Pot, Franz Fanon et les wokistes, les décolonialistes sont des produits intellectuels de Marx, de Sartre, de Garaudy, de Foucault, de Deleuze, de Derrida qui, jusqu’à preuve du contraire, sont des exemplaires prototypiques de mâles blancs européens…

N’est-ce pas excessif de dire que Bruxelles est responsable de tous nos maux?

Quand la direction de votre voiture est brisée, vous êtes en droit d’attribuer à cette rupture tout ce qui vous arrive si votre voiture va au fossé, si vous tuez un passager ou que vous en blessez un autre, si vous percutez une autre voiture, si vous tombez dans un précipice, si vous occasionnez des embouteillages. Or, depuis Maastricht, qui signifie l’abandon de notre souveraineté, nous sommes devenus un véhicule privé de la maîtrise de sa direction: on ne peut donc plus le conduire dans la direction souhaitée par le peuple. La démocratie, qui est le pouvoir du peuple par le peuple pour le peuple de décider de sa direction, n’est plus. Nous vivons dans une oligarchie dans laquelle le pouvoir du pays se trouve entre les mains de personnes non élues mais nommées à la Commission européenne. C’est donc à eux qu’il faut attribuer tous les succès – on les cherche en vain –, mais également et surtout tous les échecs – et on les voit bien.

Dans vos précédents essais, le déclin de la France apparaissait comme un fait. C’est devenu, à vous lire, un malheur… Il n’y a rien à sauver?

Le malheur, j’en consigne les détails au quotidien dans La Nef des fous, dont le tome III va paraître. Si vous avez le temps, je peux vous faire une petite liste: mise au rebut des statues des grands hommes de l’histoire occidentale; révélation sur le passé pédophile et incestueux de figures emblématiques de la gauche dite morale; censure planétaire de paroles subversives par les Gafam; autocensure des enseignants, qui craignent les coups et la mort pour islamophobie; haine des classiques et des chefs-d’œuvre de la littérature au motif qu’ils regorgent de stéréotypes racistes, sexistes, misogynes, phallocrates, xénophobes; même censure avec AstérixTintinBabar ou Dix petits nègres; matraquage LGBT+ dans les écoles, les trains, les avions, la publicité, la télévision, le cinéma; transformation des violences faites aux policiers en violences policières; instauration raciste de quotas de gens de couleur à la télévision, au cinéma; récompenses sonnantes et trébuchantes pour les journalistes qui, sur le service public, assurent la propagande woke; invitation à décoloniser la science, marre de Galilée, Newton, Darwin et Einstein qui propagent une science blanche, donc fausse; tyrannie des enfants qui donnent des leçons de politiquement correct aux adultes; encouragements professés aux enfants qui se disent transgenres dès l’âge de 4 ans; endoctrinement LGBT+ des enfants dès l’école primaire; ravages de l’islamo-gauchisme, dont les islamo-gauchistes disent qu’il n’existe pas; sélection des professeurs non plus sur leur savoir mais sur leur degré de soumission au wokisme; libération de la parole sur l’incroyable complicité du gauchisme culturel avec la pédophilie; célébration d’une femme noire qui joue dans une série le rôle d’un chef viking blanc ayant véritablement existé; idem avec une pièce de théâtre dans laquelle le rôle de Robespierre est tenu par une femme; impunité des rappeurs qui invitent au meurtre, y compris tel ou tel nommément – je songe à Éric Zemmour –; subvention de la propagande woke par l’argent du contribuable dans le service public; ravage de l’orthographe, destruction  de  l’écriture  avec  l’écriture  inclusive  et  des  néologismes  comme  «ielles» avalisés par le dictionnaire Robert et le silence l’Académie française; autodafés dans les universités qui revendiquent l’épuration éthique en brûlant publiquement des livres; rééducation des Blancs coupables de férocité du fait de leur couleur de peau et de leurs gènes, puis sujétion de certains d’entre eux à ces impératifs racialistes donc racistes; invitation  des  écologistes  à  aimer  les  «animaux  liminaires»  que  sont  rats,  puces et punaises de lit; furie punitive de ces mêmes écologistes contre les bateaux à voile, assimilés à des bateaux à moteur, les avions, les piscines, les hommes non déconstruits, autrement dit qui ne renoncent pas à leur masculinité; profession de foi wokiste du pape; éloge d’un violeur présenté comme une victime dans Libération lors de la Journée internationale des droits des femmes, le tout en écriture inclusive; spectacularisation de vagins qui monologuent faute de pouvoir dialoguer; prolifération du racisme anti-Blancs avec des réunions qui leur sont interdites, ce qui définit l’apartheid; internationalisation du ridicule wokiste français lors de la cérémonie crapoteuse des Césars; célébration néoféministe de la décapitation de Jean-Baptiste par Salomé; jugements de cour antisémites  chez  des  juges  contaminés  par  l’islamo-gauchisme;  déclaration  décolonialistes  de  la  part  du  président  de  la  République,  Emmanuel  Macron;  proclamation  contre  le  décolonialisme  de  la  part  du  même  président  de  la  République;  confiscation  de  l’antifascisme  par  le  gauchisme et les black blocs; invitation faite par une syndicaliste de gauche à  «gazer  les  Blancs»;  avilissement  du  féminisme  par  sa  réduction  à  l’éloge des aisselles et des jambes velues; célébration de la saleté et de la crasse pour sauver la planète chez les bobos américains; ordres donnés par la hiérarchie policière de ne pas poursuivre les délinquants; production de discours universitaires contre la «blanchité alimentaire» (la cuisine  française  est  raciste,  fasciste,  xénophobe,  misogyne,  phallocrate,  sexiste, etc.); mêmes délires universitaires contre la «pétro-masculinité» qui  associe  la  civilisation  du  pétrole  au  machisme;  compassion  pour  ceux qui recourent à la chirurgie pour changer de race; préférences éco-logistes et féministes pour les sorcières contre la rationalité occidentale; négation  de  la  physiologie  de  sportifs  nés  hommes  devenus  femmes  dont la masse squelettique et musculaire crée, au nom de la lutte pour l’égalité, de nouvelles inégalités avec les femmes nées femmes; déclarations  d’amour  à  l’Algérie,  qui  ne  perd  pas  une  occasion  de  dire  à  la  France qu’elle est son ennemi héréditaire; promotion d’un scientifique chroniqueur sur le service public après qu’il ait été convaincu de plagiat; nouvelles «tenues de camouflage» des voitures de police avec les couleurs du drapeau LGBT+; enchères obscènes pour un Kleenex de footballeur ou les chaussures d’un basketteur ayant servi une fois; éviction de musiciens blancs d’orchestres classiques; campagne de publicité de la communauté européenne pour le voile islamique payée par l’argent du contribuable;  répression  judiciaire  féroce  des  «gilets  jaunes»  doublée  d’un laxisme en faveur des racailles affranchies des lois de la République – dont celles du confinement –; soldes monstres le jour du Black Friday pour le commerce d’ovules, de spermatozoïdes et d’enfants; cogitations des patrons du sport mondial pour savoir si la trottinette doit devenir une épreuve du pentathlon; haine de Noël, de ses crèches et de ses fêtes; constat enfin que 10 % des Français croient que la Terre est plate; une petite fille de 8 ans qui veut changer de sexe depuis l’âge de 4 ans; des égorgeurs présentés comme de pauvres victimes par les journaux parisiens;  une  jeune  fille  autiste  qui  ne  va  plus  à  l’école  et  prophétise  la  catastrophe climatologique et dont le clergé de son pays nous dit qu’elle est le Christ; des dramaturges de couleur qui interdisent aux critiques blancs  de  rendre  compte  de  leur  spectacle  sous  prétexte  qu’ils  poursuivent l’œuvre colonialiste; des femmes qui vendent des enfants pendant  que  d’autres  les  achètent;  l’Église  catholique  qui  court  après  les  modes  du  politiquement  correct;  le  journal  Libération  qui  se  dit  progressiste en célébrant la coprophagie et la zoophilie; une féministe québécoise qui souhaite la vasectomie des hommes dès l’âge de 18 ans; des véganes qui militent contre les chiens d’aveugle; une anthropologue qui trouve qu’il y a trop de dinosaures mâles et pas assez de femelles dans les musées; des pédophiles qui achètent des viols d’enfants en direct sur le Net; un Tour de France qui commence au Danemark et un Paris-Dakar qui se déroule en Amérique du Sud; un parfum élaboré par une femme à partir des odeurs de son sexe; un chef de l’État qui, entre autres sorties, se félicite que ses ministres soient des amateurs; Le Monde qui estime «ravageuse» une mise en scène théâtrale qui présente Lucien de Rubempré en femme; le pape et Tariq Ramadan pour qui le coronavirus est une punition divine; des députés qui légalisent l’assassinat des enfants dans le ventre de leur mère jusqu’à l’âge de 9 mois pour des motifs de convenance personnelle; une universitaire militante noire qui a fini par avouer qu’elle était juive et blanche; des gynécologues noirs qui établissent des listes de leurs confrères de couleur afin que des Blancs ne souillent pas leurs  patientes  avec  leurs  mains  ontologiquement  sales;  un  artiste  qui  met des cache-sexes à ses statues lors des Journées du patrimoine afin de ne pas choquer les visiteurs dans un musée; un Premier ministre tancé sur les réseaux dits sociaux pour avoir utilisé la formule «Dieu merci»; une écrivaine lesbienne qui a décidé de ne plus lire un seul livre écrit par un  homme;  des  néoféministes  qui  veulent  substituer  «femmage»  à  «hommage» et «matrimoine» à «patrimoine»; des députés macroniens qui veulent remplacer le cerf par un robot dans les chasses à courre; une femme enlevée par des terroristes islamistes qui, après avoir été libérée par l’État français, son argent et ses commandos, sa diplomatie et ses tractations, dit le plus grand bien de ses geôliers; un ministre de l’Intérieur qui estime que la cuisine bretonne est communautaire au même titre que celle des juifs ou des musulmans; une théologienne mariée et mère  de  famille  qui  postule  pour  être  évêque;  un  rôle  d’homme  au  cinéma tenu par une femme; un ministre de l’Intérieur qui invite à jeter le Code civil à la poubelle au nom de l’émotion; le même qui, bien que déjà à plat ventre, propose de mettre un genou à terre; une élue écologiste  plus  soucieuse  de  la  vie  des  sapins  que  de  celle  d’un  professeur  décapité par un islamiste; une grande roue de Noël sciemment installée sur la place publique tout en sachant qu’elle serait interdite d’accès; un vieux  généticien  bavard,  mort  depuis,  avouant  qu’il  va  fêter  Noël  en  juin;  un  footballeur  noir  qui  ne  crache  pas  sur  un  Blanc  puisque  sa  salive est partie toute seule...

Excusez l’inventaire à la Prévert, mais chacun voit bien que tout va très bien, Madame la marquise...

Vous évoquez la notion de transhumanisme, dont vous dites que « l’impératif est la marchandisation du monde ». Faut-il s’inquiéter de cette nouvelle civilisation qui éclôt?

Oui, d’autant plus que la gauche, dont la vocation était de lutter contre la transformation des hommes en marchandises, est passée de l’autre côté de la barricade et défend aujourd’hui cette marchandisation du monde aux côtés du capital: cette gauche-là et le patronat défendent la même vision sociétale qui travaille à la généralisation de cette fétichisation de la marchandise. Le capitalisme a vraiment gagné quand la gauche travaille pour elle! Cette fausse gauche devrait lire, car elle ne les a sûrement pas lues, les pages que Marx consacre à la fétichisation de la marchandise: elle communie aujourd’hui dans cette fétichisation que la gauche old school, la mienne, s’était fait un devoir de combattre. Je ne pense pas que Louise Michel eût défendu la location d’utérus, la vente d’ovocytes et l’achat d’enfants par des couples riches. Le transhumanisme est le triomphe de la fétichisation de la marchandise avec une production marchande des corps augmentés.

Vous ne dissimulez pas votre admiration pour Charles de Gaulle. Êtes-vous nostalgique de sa grandeur?

Non, chaque chose en son temps.  Un général de Gaulle n’est plus possible. Je ne souscris pas au fantasme de l’homme providentiel car je crois à son exact contraire:  le peuple providentiel. Les racines de ma gauche se trouvent dans les jacqueries médiévales, la décentralisation souhaitée par les girondins guillotinés par les jacobins, Robespierre en tête, les vertus pragmatiques et concrètes du proudhonisme, le pragmatisme des communards, les principes de l’autogestion, celle des soviets contre le soviétisme. Mitterrand est le double fossoyeur de la gauche non marxiste, la mienne, et de la France.

D’après vous, la gauche actuelle a changé de combat et d’idéologie en oubliant la France et les Français. Quelle est votre gauche?

Cette gauche n’est pas médiatiquement visible car elle n’entre pas dans les boîtes à chaussures robespierristes de la Nupes (PS, PCF, LFI, EELV) et des putschistes de l’extrême gauche (LO, NPA), qui l’une et l’autre communient malgré tout, certes, dans le compagnonnage avec le patronat en matière de fétichisation de la marchandise mais aussi dans l’islamo-gauchisme, dont l’antisionisme leur permet un antisémitisme apparemment présentable.  Ma gauche, qui s’oppose à celle-ci, semble ne pas exister.  Pas vue à la télé?  Pas de tête de gondole médiatique? Pas de tribun hurleur et vociférant sur les réseaux sociaux? Donc pas d’existence. C’est pourtant celle des silencieux qui, là où ils sont, loin des plateaux de télévision, ne souscrivent pas, eux, à la fétichisation de la marchandise.

Vous avez annoncé que Front populaire mènerait une liste souverainiste aux élections européennes en fédérant ceux qui «veulent défendre la France». Quel est l’objectif? Faire émerger de nouvelles figures politiques? Ce projet n’est-il pas paradoxal lorsque l’on connaît votre idée du «Frexit»?

Précisons que ça n’est pas Front populaire qui constituera une liste, mais nos idées seront portées par des amis qui en feront des outils pour leur combat. Je ne porterai pas personnellement cette liste et je ne tiens pas non plus à y figurer. Il n’y a pas paradoxe à ne pas vouloir une Europe libérale parce qu’elle est libérale et non parce qu’elle est Europe, tout le monde aujourd’hui veut l’Europe, qui est indispensable.  Le Frexit est la sortie d’une Europe libérale parce que libérale mais pour construire ensuite une Europe des nations souveraines avec des peuples souverains.

Cette conception «souverainiste» a-t-elle encore un sens? Ne faut-il pas lui préférer le terme «patriote»?

Elle a plus que jamais du sens.  Car le choix est simple: ou bien l’on est souverain, c’est-à-dire maître de soi chez soi, ou l’on est vassal, c’est-à-dire sujet d’un suzerain auquel on est soumis. Tous ceux qui vomissent la notion de souveraineté le font au nom de leur entreprise de collaboration à la vassalisation, à la suzeraineté du peuple français à la puissance mondiale que sont les États-Unis. Pas étonnant que BHL écrive:  «le souverainisme, cette saloperie»...  Pas étonnant non plus que Jacques Attali ait publié un livre dont le titre est «Demain qui gouvernera le monde?» L’enjeu, c’est la dilution de la France dans l’Europe maastrichienne, qui est un morceau du puzzle états-unien.

Le terme «patriote» est préempté par des professionnels de la politique politicienne qui, du FN au RN en passant par leurs transfuges genre Philippot ou leurs amis venus du RPR et de l’UMP où  il  a  pointé pendant dix ans, comme Dupont-Aignan, ont utilisé ce terme dont on peut faire l’économie. «Souverainiste» me va mieux car il est clair et net, franc, lisible et visible, et il identifie clairement le camp: nos adversaires sont les maastrichiens de droite et de gauche, les chefs de l’État qui, depuis Mitterrand en 1983, ont conduit la même politique et tous ceux qui, comme Mélenchon pendant un quart de siècle, ont été des VRP de cette idéologie-là.

N’est-il pas trop tard pour retrouver notre souveraineté?

Il n’est jamais trop tard pour redevenir libre! La  solution est simple, elle est bêtement démocratique. On demande au peuple, qui, je vous le rappelle, est le souverain, s’il veut oui ou non continuer à construire l’Europe dans le cadre libéral du traité de Maastricht. Réponse: oui ou non. Si non, alors construction d’une Europe des nations avec les pays qui le souhaiteraient, ce qui n’empêche pas un travail commun sur des dossiers choisis.  Il faut ensuite informer le peuple sur le fait que la France, qui est en faillite, préfère consacrer l’argent qui lui reste à un peuple exogène sans  papiers  qui  se  trouve  sur son sol, c’est-à-dire hors la loi, en lieu et place du peuple endogène en  règle  avec  la  loi.  La France est un pays d’Europe qui contribue plus qu’elle ne reçoit: est-ce acceptable quand la pauvreté est abyssale? Nouveau référendum. Réponse par oui ou par non. Etc.

Le régalien, c’est la police, l’armée, la justice, la monnaie, les relations internationales:  sur ces sujets, référendums encore et encore pour remettre entre  les  mains  du  peuple  souverain  ce  qui  se  trouve  confisqué depuis trois décennies par une oligarchie, une mafia maas-trichienne de droite et de «gauche».

Vous citez Thomas Hobbes et la possibilité pour l’individu de recouvrer sa liberté en cas de déficience du souverain. Appelez-vous à l’insurrection? À partir de quand doit-on désobéir?

À partir du moment, c’est simple, où les représen-tants du peuple désobéissent au peuple qui les a mandatés et auquel ils doivent leur mandat, leur pouvoir. À l’heure où le syndicalisme dit de gauche joue sa survie politicienne dans de futures élections internes en multipliant les grèves qui maltraitent d’abord et surtout le petit peuple, les travailleurs  modestes,  et  nullement  les  actionnaires  ou  le  patron  de  Total,  il  faut  considérer  ce  syndicalisme  comme  complice  du système.

On n’a pas entendu ces mêmes syndicalistes appeler à une grève générale quand, en 2008, le traité de Lisbonne a permis aux prétendus représentants du peuple, dont la « gauche », de jeter à la poubelle le vote du  peuple  qui,  en  2005,  avait  massivement  dit  non  à  ce  traité  européen que députés et sénateurs leur ont fait tout de même avaler. Face à ce coup d’État des maastrichiens, on n’a pas entendu les syndi-cats appeler à descendre dans la rue. Qui ne dit mot consent...

Pierre-Joseph Proudhon, dont vous revendiquez la filiation, croyait au peuple providentiel. Le peuple français n’a- t-il pas toujours besoin de rencontrer une figure providentielle?

C’est ce que tout politicard veut faire croire pour justifier qu’on lui donne l’occasion de mener une vie d’apparatchik dans son parti en  tenant  un  discours  qui  n’est  jamais  suivi  d’effets.  Des mots sans les choses: voilà l’impératif catégorique des prétendus représentants du peuple. Le seul homme providentiel que j’accepterais serait celui qui travaillerait à déconstruire l’homme providentiel pour construire le peuple providentiel et lui rendre le pouvoir, son pouvoir.

1. Michel Onfray, Puissance et décadence. Une politique de civilisation, Bouquins, 2022

Revue des Deux Mondes, décembre 2022/janvier 2023

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