quinta-feira, 30 de setembro de 2021

Le Portugal, paradis à la pointe d’une Europe ensauvagée ?

Entretien avec Duarte Branquinho – un identitaire lusitanien

Propos recueillis par Jérémy Silvares Jerónimo

Duarte Branquinho [photo] est ce que l’on peut appeler un amoureux de sa Patrie charnelle, toujours prêt à défendre l’âme portugaise face aux assauts du mondialisme et au déracinement apporté par l’immigration de masse. Ancien directeur du Journal « O Diabo » (Le Diable), journal portugais classé à droite, il a dynamisé durant plus de 15 ans divers cercles identitaires portugais, tels que « Terra e Povo » (Terre et Peuple antenne portugaise), participé à des projets politiques nationalistes et il a été invité à discourir lors d’un des fameux Colloques Iliade, plus précisément en 2015.


Il est une voix respectée mais pas assez entendue au Portugal, où la droite radicale fait ses vrais premiers pas. Il faut dire que 40 années de régime national-conservateur dans le pays permettent à la gauche de faire taire quiconque est de droite dure. Les années du salazarisme ont laissé des marques indélébiles, même si les identitaires portugais n’ont rien à voir avec le national-catholicisme salazariste et son tropisme de l’empire d’outre-mer.

Il est un observateur attentif des changements qui interviennent peu à peu dans la société portugaise (fort heureusement, assez lentement) : lent commencement d’immigration extra-européenne, assaut de l’extrême-gauche woke dans certaines universités, racisme anti-blanc de la part du président de SOS Racisme Portugal, attaques contre l’Histoire Portugaise par la gauche bien-pensante… Rien n’échappe à Duarte Branquinho, sentinelle de l’identité lusitanienne.

Parlez-nous de votre parcours ! Au Portugal le mouvement identitaire est plutôt discret, des auteurs tels Dominique Venner, Alain de Benoist, Jean Mabire, Guillaume Faye ou Jean Yves Le Gallou, pour ne citer qu’eux, sont peu connus. À part certains livres dont « Le Siècle de 1914 » de Dominique Venner, la plupart des œuvres de ces auteurs n’ont pas été traduites en portugais. Comment avez-vous découvert ces auteurs et la pensée identitaire ?

Très tôt je fus un lecteur avide. À l’adolescence j’ai découvert plusieurs auteurs à travers des livres d’Histoire Militaire d’auteurs français publiés dans les années soixante-dix au Portugal, comme Les Corps d’Élites du Passé de Venner, Commandos de Chasse et Les Panzers de la Garde Noire de Jean Mabire, ou La Division Bleue de Saint-Loup, entre autres. Ensuite, dans le champ politique, il y a eu deux livres qui m’ont marqué, Vu de droite. Anthologie critique des idées contemporaines, d’Alain de Benoist, qui au Portugal a reçu le titre de Nova Direita Nova Cultura (Nouvelle Droite Nouvelle Culture), publié en 1981, et Europe – un Empire de 400 millions d’hommes, de Jean Thiriart, publié au Portugal en 1965.

Plus tard dans les années quatre-vingt-dix, les éditions Hugin (éditeur portugais) publièrent des titres en portugais tels Les Solstices : histoire et actualité de Jean Mabire et Pierre Vial, certains livres d’Alain de Benoist, entre autres. À la fin des années quatre-vingt-dix je suis devenu ami de Miguel Jardim, l’introducteur de la pensée identitaire au Portugal, c’est lui qui me montra L’Archéofuturisme du regretté Guillaume Faye, ce fut le début d’un mouvement.

Plus tard vous êtes devenu ami de certaines des principales figures de la droite identitaire en France. Comment êtes-vous entré en contact avec eux ? Existe-t-il ce que l’on pourrait appeler une « Internationale Identitaire » en Occident ? Y a-t-il de réels contacts entre les figures des différents mouvements identitaires en Occident ?

Le premier contact direct fut lors d’une rencontre identitaire en Espagne et, ensuite, quand j’ai commencé à aller aux Tables Rondes de Terre et Peuple mais aussi à d’autres rencontres en Europe.

Quand j’étais président de Causa Identitária (Cause Identitaire) et, après cela, de Terre et Peuple Portugal, j’ai toujours eu comme priorité le lien entre mouvements congénères pour la formation et le renforcement d’un réseau. À cette époque j’ai réussi à faire venir au Portugal Faye, Vial, et d’autres figures de la mouvance identitaire européenne. Hélas, je pense que cette « Internationale Identitaire » a été par le passé bien plus puissante qu’elle ne l’est aujourd’hui. Cette constatation n’est point une lamentation d’un esprit figé dans le passé mais bien plutôt une alerte pour une nécessité urgente.

L’Europe Occidentale et les États-Unis d’Amérique subissent une immigration massive extra-européenne. Seuls les pays de Višegrad réagissent. Le Portugal, contrairement à des pays tels la France, le Royaume-Uni ou l’Allemagne, est ethniquement assez homogène. Plus de 90 % de la population est européenne native. Comment expliquer que le Portugal n’ait pas souffert d’une immigration extra-européenne massive, surtout vu sa proximité avec le Maghreb ?

Comparativement à d’autres pays européens, comme la France, les chiffres de l’immigration ne reflètent pas encore une invasion migratoire et la présence musulmane est très réduite. Mais ça commence… Le gouvernement et l’opposition à gauche et à droite sont favorables à l’augmentation de l’immigration. Il y a eu des régularisations en masse en pleine pandémie covid et le Portugal se montre « ouvert » à recevoir des immigrés et des réfugiés, d’autant plus qu’il y a eu plusieurs accords avec des pays non européens pour faciliter les entrées…

Dans le cas du Maghreb, certains s’établissent au Portugal, mais la plupart vont ensuite dans d’autres pays européens après avoir obtenu des documents portugais. Il commence à y avoir un changement dans l’immigration vers le Portugal – immigration qui traditionnellement vient de pays lusophones – notamment avec l’arrivée d’immigrés de pays tels le Pakistan ou le Bangladesh, par exemple.

Si elle est encore faible, l’immigration extra-européenne au Portugal augmente surtout depuis 2014, pensez-vous que la Nation de Camoens va finir par subir les mêmes mouvements de population que le reste de l’Europe Occidentale ?

Au contraire de ce que les spécialistes ont toujours affirmé, il n’existe pas « d’exception portugaise » et le changement est en vue. L’immigration extra-européenne ne se voit pas que dans les grandes villes, comme Lisbonne, mais aussi en province, encouragée principalement par l’agriculture intensive qui a augmenté dans plusieurs régions. Hélas, le Portugal est sur la route des grands mouvements populationnels et les conséquences ne seront pas différentes. Nous pouvons pointer du doigt 2015 comme l’année à partir de laquelle nous avons commencé à assister à un changement profond. Le gouvernement socialiste, qui est arrivé au pouvoir avec l’appui de l’extrême-gauche et des communistes, a encouragé une politique clairement immigrationniste. Après avoir célébré un accord d’immigration avec le Maroc et après avoir approuvé la libre circulation de personnes des pays de la CPLP (la Communauté des Pays de Langue Portugaise), le gouvernement portugais a annoncé récemment qu’il va signer un accord avec l’Inde pour faciliter le flux de travailleurs. Ce sont des exemples qui montrent que la démographie portugaise va s’altérer profondément et rapidement.

Récemment j’ai lu l’excellent « Paris bas-ventre. Le RER comme principe évacuateur du peuple français » de Richard Millet. Il est fort intéressant car il montre que les transports publics sont une vitrine du Grand Remplacement et de l’effondrement civilisationnel. Je connais bien le RER B de mes nombreux voyages vers Paris, mais le plus impressionnant c’est que nous commençons à voir le même phénomène, mais dans des dimensions moindres, dans de nombreuses villes européennes. Même à Lisbonne.

Il existe toutefois une infiltration des thèses racialistes et décolonialistes dans les universités portugaises. Le parti d’extrême-gauche Bloco de Esquerda (Bloc de Gauche) est de plus en plus la voix du Wokisme au Portugal. Il existe malgré cela une résistance à ces thèses, de la part d’intellectuels et de journalistes portugais. Pensez-vous que la gauche woke va réussir à s’imposer au Portugal ? Le Wokisme a-t-il de beaux jours au pays de Fernando Pessoa, de morale si conservatrice ?

Ces idéologies à la mode sont entrées récemment en force au Portugal, spécialement dans les Universités, à travers des professeurs de gauche, mais aussi par des chercheurs en sciences sociales, particulièrement des étrangers. La presse gauchiste sert de milieu privilégié pour la transmission de cette « nouvelle religion ».

Dans les partis politiques, ce n’est pas seulement le Bloco de Esquerda le défenseur de telles idéologies, regardons le cas de la députée Joacine Katar Moreira, qui en a fait son programme politique, ou le député socialiste qui a défendu que le Monument des Découvertes devait être démoli. Malgré le fait que le wokisme soit un phénomène urbain et élitiste, son influence est de plus en plus grande.

Le passé colonialiste et esclavagiste portugais est de plus en plus attaqué. Pensez-vous que dans un futur proche nous assisterons aussi à la repentance des jeunes portugais ? Ou le patriotisme est-il trop fort au Portugal ?

L’Empire portugais mais aussi les Grandes Découvertes sont de plus en plus attaqués et souvent avec une ignorance crasse. Mais, comme l’ignorance historique est de plus en plus grande aujourd’hui et la honte d’être portugais et européen est de plus en plus commune chez les jeunes, le patriotisme est en déclin. À part pour le football et les compétitions sportives en général, mais même dans ce cas c’est un patriotisme qui sert à célébrer un pays multiethnique et multiculturel.

N’existe-t-il pas une spécificité portugaise, surtout dans les régions du centre, qui va empêcher la gauche la plus extrême de détruire l’identité portugaise ? Après tout la population portugaise est encore très attachée au Christianisme, les livres scolaires d’Histoire ne sont pas infestés d’idéologie de la repentance comme en France ou au Royaume-Uni !

Cela fait des années que je partage ma vie entre Lisbonne et un petit village du centre du pays. Ce sont deux mondes à part ! Mais même à la campagne on commence à noter certaines différences. L’intérieur subit un vieillissement de sa population et une décroissance démographique et il y a plusieurs maires qui voient dans l’immigration une solution pour ce phénomène. Nous connaissons les résultats désastreux de ce type de politique dans d’autres pays. Cela nous rappelle le Paradoxe de Thésée, mais dans ce cas précis, les populations allogènes sont si différentes qu’il est impossible ne pas voir que le navire n’est plus le même.

Il y a encore, il est vrai, une relation spéciale avec le catholicisme, surtout chez les plus âgés. Quant aux livres scolaires, en effet ils parlent toujours de Reconquista et des Grandes Découvertes comme des périodes fondamentales de l’Histoire du Portugal, mais certains le critiquent. Je pense que très prochainement nous serons infectés par ce que l’on appelle « L’Histoire Globale », qui n’est rien d’autre qu’un euphémisme pour la culpabilisation des blancs.

Récemment, le président de l’association SOS Racisme Portugal a affirmé en direct sur internet qu’il fallait « tuer l’homme blanc ». Serait-ce le début d’un racisme et d’une haine anti-blanche au Portugal ? Cela existe-t-il dans le pays ?

Naturellement, ce dirigeant, un Sénégalais naturalisé portugais, s’est défendu en affirmant qu’il citait Franz Fanon et que la phrase a été retirée de son contexte. Mais la réalité du racisme anti-blanc, comme il existe depuis des années en France et dans d’autres pays, est arrivée au Portugal, avec ses chantres qui, bien sûr, proclamant les meilleures intentions, imposent la diversité. En effet, dans ce discours, il y a une culpabilisation des blancs qui étant blancs sont les héritiers d’un passé maudit et les uniques responsables de tous les problèmes du Monde non-Occidental. Ainsi cette race de pécheurs selon la religion « woke » a une obligation morale d’accueillir des immigrés ou de céder sa place professionnelle, par exemple, pour se racheter. Mais, l’ironie c’est que, peu importe qu’ils cèdent tout, les blancs ne cessent d’être des blancs pour les antiracistes de service et seront donc toujours coupables. Selon le Wokisme il n’y a pas de rédemption possible pour le péché d’être blanc. Les impasses forcent souvent une réaction.

Au Portugal, pour la première fois depuis la Révolution des Œillets il y a un parti de Droite Radicale, le Parti Chega qui a une représentation parlementaire. Pour quelle raison maintenant ? Préoccupations des Portugais relativement à la situation dans le reste de l’Europe ? Pensez-vous que le parti a un futur dans le paysage politique portugais ?

Le régime démocratique post 25 avril a toujours eu un parlement figé qui allait du centre-droit à l’extrême-gauche. Avec l’élection d’André Ventura, il y a eu un signal que le panorama des partis politiques allait enfin changer. Les théoriciens de « l’exception » se sont trompés en Allemagne avec le succès de l’AfD, ensuite au Royaume-Uni avec la victoire du Brexit, puis l’Espagne avec le succès du Vox et, maintenant, au Portugal, avec la croissance du Chega. Cela signifie une chose très simple : les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Dans le cas concret du Portugal, le leader du plus grand parti du centre-droit a affirmé récemment qu’il est de centre-gauche et le parti démocrate-chrétien est devenu très libéral. Ainsi, il est naturel que ce qu’il reste de la droite commence à appuyer le Chega, qui se présente comme une droite décomplexée, étant le seul parti à aborder des thèmes tels l’augmentation de la criminalité et de l’immigration. Il y a aussi un nombre croissant de mécontents qui voient dans le Chega une voix de protestation contre un système qu’ils considèrent comme bloqué. Tout indique que le Chega a un futur dans le panorama politique portugais. Le résultat d’André Ventura dans les élections présidentielles fut impressionnant, avec un demi-million de voix, et maintenant le Chega va avoir son premier test dans les municipales, ce qui est toujours difficile pour les petits partis.

De toute façon, il a conquis sa place et son électorat. Reste à savoir s’il arrivera au pouvoir. Sera-t-il capable de former dans le futur un gouvernement avec le centre-droit, comme cela s‘est passé dans des pays comme l’Autriche, ou sera-t-il condamné à l’ostracisme comme le FN, aujourd’hui RN, l’a été en France ?

Si la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne ou même l’Espagne deviennent dans un futur non lointain des Émirats Islamiques, un Portugal Européen a-t-il un futur ?

Comme la question paraît sortie d’une continuation de « Soumission » de Houellebecq, je répondrais comme dans un roman. J’aime penser que oui et que, comme durant la Reconquista, le Portugal sera une poche de la résurgence européenne.

Pensez-vous que les Portugais savent ce qui est en jeu ?

La plupart des Portugais se préoccupent de leurs petites vies et du train-train quotidien. Mais plus la situation se dégrade, plus les Portugais prennent conscience de ce qui est réellement en cause, mais l’apathie généralisée et l’individualisme matérialiste sont, comme dans tout l’Occident, notre plus grand ennemi.

Une dernière question, celle-ci pas en tant que Portugais mais en tant qu’Occidental. Oswald Spengler pensait que l’Occident americano-européen était condamné à entrer dans une lente mais inexorable décadence. Dominique Venner croyait que les Européens se réveilleraient tôt ou tard. Croyez-vous dans le réveil des Européens ? Ou Rome finira-t-il par définitivement sombrer… ?

Spengler était un pessimiste, alors que Venner se disait optimiste. J’ai l’habitude de dire que je suis pessimiste mais pas défaitiste. Dominique Venner a affirmé que l’Europe devait s’insurger contre la fatalité. Je crois dans la Renaissance Européenne. Après l’Hiver viendra le Printemps.

Propos recueillis par Jérémy Silvares Jerónimo, Eurolibertés, 29-9-2021

Jérémy Silvares Jerónimo est licencié en sciences politiques et Relations Internationales. Il a soutenu une Maitrise en sciences politiques en 2013 avec une thèse sur les nouvelles droites radicales américaines et leur possible conquête du pouvoir dans les prochaines élections présidentielles.

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