segunda-feira, 22 de novembro de 2021

[L’édito de Valérie Toranian] Archipélisation de la violence : la faillite de la gauche

Valérie Toranian

Trois ans après la naissance du mouvement des « gilets jaunes »la Guadeloupe s’embrase. Dans le premier cas, le déclencheur fut la limitation de vitesse à 80 km/h. Dans le second, la grogne antipass et antivax. Dans les deux cas, ce sont des prétextes. Mécontentement, ressentiment, exaspération.

Les « gilets jaunes » ont été accusés d’être d’extrême droite. Ils le furent en partie mais ont aussi été instrumentalisés par l’extrême gauche. Cette stigmatisation fut une façon d’occulter la gravité du désarroi social qui se manifestait sur les ronds-points : des classes moyennes sous pression, qui travaillent dur et sont incapables de boucler leur fin de mois. En Guadeloupe, des émeutiers pillent, agressent les forces de l’ordre. La réponse républicaine pour rétablir l’ordre est nécessaire. Suffira-t-elle ? Les propos complotistes d’un pompier débile tournent en boucle sur les réseaux sociaux. (« On commence par le vaccin et ça finit par le doigt coupé et la sodomie. ») Ils disqualifient le mouvement. Certes, le complotisme alimente copieusement le mouvement antivax et antipass. Mais l’embrasement de la Guadeloupe est plus complexe. C’est une exaspération locale aux mille causes. Drapée dans la bannière de l’antivax.

La France va-t-elle ressembler à cela ? Une archipélisation des ressentiments, des exaspérations ? Qui se traduit soit par la violence dans la rue, soit par l’abstention dans les urnes, l’un n’excluant pas l’autre. Le tout alimenté par une anomie générale due au sentiment que la voix de la France d’en bas ne porte pas.

« Avant, la gauche luttait pour améliorer les conditions des travailleurs et des travailleuses. Aujourd’hui, elle lutte pour la régression du statut de la femme dont on applaudit l’assujettissement au voile. »

La droite extrême joue sur du velours. L’exaspération est son fonds de commerce. L’entretenir, sa stratégie. Elle récolte les fruits de trente ans d’impuissance politique à droite et à gauche. La droite « tout court », siphonnée par Emmanuel Macron, tente de se refaire une vertu pour revenir au premier plan : courage, fermeté, résolution, ordre et République. Que ne l’a-t-elle pas fait en son temps ! Paniquée par l’effet Zemmour, elle tente une percée, coincée entre les 35 % d’intention de vote de la droite extrême et les 25 % inamovibles du président sortant, porté par le centre, les élites, les retraités.

L’extrême gauche, comme toujours dans son histoire, joue la carte de la radicalité et pousse la surenchère pour que rien ne change. Elle s’autoproclame défenseur de la classe ouvrière mais elle est devenue la caisse de résonnance des mouvements racialistes, intersectionnels, woke, indigénistes, néo-féministes. Elle applaudit le retour idéologique de la race et réhabilite le blasphème. Elle nous divise en ethnies, genres, orientations sexuelles, couleurs de peau. Tous victimes avec des droits spécifiques. La liberté pour chacun de s’afficher en victime de son choix. Le devoir de les défendre. Mais qui défend ceux qui ne se reconnaissent pas dans toutes ces causes ? Ceux qui sont juste au bout du rouleau ? Avant, la gauche luttait pour améliorer les conditions des travailleurs et des travailleuses. Aujourd’hui, elle lutte pour la régression du statut de la femme dont on applaudit l’assujettissement au voile.

Avant, elle luttait contre le capitalisme. Aujourd’hui, elle lui demande de faire la promotion du hijab et de le vendre largement sur internet. Le capitalisme en a rêvé, la gauche woke l’a fait. Son islamo-gauchisme rebute les classes populaires insécurisées face à la question migratoire et à la montée de l’islam politique et les pousse dans les bras de la droite extrême. On peut ainsi dire que cette « gauche » a contribué à la montée de la droite extrême tout en étant l’idiot utile du capitalisme. Un exploit !

Cette mouvance ne représente rien électoralement mais énormément en termes d’influence idéologique. Une grande partie de la jeunesse est convertie. L’université aussi, surtout en sciences humaines. Une linguiste de la Sorbonne nous explique que le nouveau pronom « iel » est une avancée qui va « soulager la vie d’une certaine catégorie de la population ». Des adeptes de la booty therapy (thérapie du popotin) « twerkent » (dansent à quatre pattes en agitant les fesses) en marge de la manifestation féministe contre les violences faites aux femmes pour affirmer que « ce n’est pas une danse de putes mais une façon de se réapproprier son corps et de s’empouvoirer ». Pauvre camp du progrès.

« Nous assistons, impuissants, au défoulement dans la violence urbaine, à la montée des extrêmes, au complotisme des uns, au sectarisme des autres. Autant d’échecs républicains favorisés par l’inconséquence d’une gauche perdue pour le projet commun et l’intérêt général. »

La gauche classique, qui incarnait le mouvement social, universel, véritable creuset républicain, a baissé le rideau, cédé le bail et revendu ses parts. Une partie s’est convertie à la radicalité woke et racialiste. Une autre a investi dans des causes « propres sur elles » et consensuelles. L’écologie d’abord, combat ô combien nécessaire et respectable, mais qui n’est pas une réponse à la crise urgente des classes moyennes. On se souvient de la formule des « gilets jaunes » : « la fin du mois » leur causait plus de soucis que la fin du monde. Anne Hidalgo, considérée comme écolo-bobo, est bloquée à 5 % des intentions de vote.

Cette « wokisation » du camp progressiste, cette dissolution des bataillons du parti socialiste des années 1970, est une perte sèche pour la vie démocratique. Aucune voix laïque de gauche et sociale qui pèse dans l’échiquier pour remettre à sa place Zemmour et Mélenchon. Pas de débat droite/gauche. Pas de vision sociale, une seule vision sociétale ultragauchiste. Et l’inéluctabilité d’une seconde présidence Macron fait redouter cinq ans d’immobilisme supplémentaire. De quoi faire retomber le pays dans encore plus d’anomie et encore plus de ressentiment.

Et nous assistons, impuissants, au défoulement dans la violence urbaine, à la montée des extrêmes, au complotisme des uns, au sectarisme des autres. Autant d’échecs républicains favorisés par l’inconséquence d’une gauche perdue pour le projet commun et l’intérêt général.

Titre et Texte: Valérie Toranian, Directrice de la Revue des Deux Mondes, lundi, le 22-11-2021

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